Des milliards engloutis, une télévision à l’agonie : sous Laârajchi, la SNRT décroche pendant que les Lions de l’Atlas brillent

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Des milliards engloutis, une télévision à l’agonie : sous Laârajchi, la SNRT décroche pendant que les Lions de l’Atlas brillent

Chouaib.S
Alors que les Lions de l’Atlas écrivent l’une des plus belles pages de l’histoire du football marocain et s’imposent désormais parmi les grandes nations du ballon rond, la SNRT continue d’offrir un spectacle télévisuel d’un autre âge. Le contraste est saisissant, presque humiliant. D’un côté, une sélection nationale qui rivalise avec les meilleures équipes du monde ; de l’autre, une télévision publique qui semble incapable d’accompagner cette ascension historique.
La responsabilité de cet échec incombe directement à la direction de la SNRT et à son président, Fayçal Laârajchi, qui dispose pourtant de budgets colossaux financés par l’argent public. Malgré des moyens considérables, le téléspectateur marocain continue de subir des retransmissions fades, des commentaires approximatifs et des plateaux d’une pauvreté intellectuelle déconcertante. Où passent donc ces milliards si la qualité ne progresse jamais ?
Le match Maroc–Canada en a offert une illustration frappante. Combien de Marocains ont préféré suivre la rencontre sur des chaînes étrangères plutôt que sur la télévision nationale ? Presque tous ceux qui en avaient la possibilité. Ce n’est plus un simple constat : c’est un désaveu massif. La télévision publique ne parvient plus à fidéliser son propre public.
Une retransmission sportive ne consiste pas seulement à diffuser quatre-vingt-dix minutes de jeu. Elle doit raconter une histoire, faire vivre l’événement, expliquer les choix tactiques, décrypter les performances individuelles, fournir des statistiques, révéler les coulisses et transmettre l’émotion. Or, sur les antennes de la SNRT, le silence analytique est devenu la norme. Les commentaires se résument souvent à des banalités, les consultants évitent toute analyse approfondie et les émissions d’avant et d’après-match donnent l’impression d’être improvisées.
La dernière journée du championnat national a également démontré les limites de cette télévision publique. Alors que le titre pouvait changer de mains à chaque but, aucun multiplex digne de ce nom n’a été proposé. Les téléspectateurs ont dû se tourner vers les radios privées ou les plateformes numériques pour vivre pleinement le suspense. Plus grave encore, certains commentateurs semblaient ignorer les enjeux du classement, incapables d’expliquer les scénarios possibles ou même de calculer les différences particulières entre les équipes.
Cette faiblesse éditoriale devient incompréhensible lorsqu’on connaît les ressources dont dispose la SNRT. Avec de tels moyens financiers, les Marocains sont en droit d’attendre des journalistes spécialisés, des consultants reconnus, des analyses modernes, des outils statistiques performants, des reportages exclusifs et une réalisation télévisuelle au niveau des ambitions sportives du Royaume. Au lieu de cela, ils assistent trop souvent à des productions qui donnent l’impression d’être figées depuis plusieurs décennies.
Pendant que les grandes chaînes internationales investissent dans la technologie, la formation des journalistes et l’innovation éditoriale, la SNRT semble prisonnière d’une gestion bureaucratique où les budgets augmentent sans que les résultats ne suivent. Cette absence de remise en question finit par interroger la gouvernance même de l’établissement et l’utilisation des fonds publics.
Le football marocain est devenu un formidable ambassadeur du Royaume à travers le monde. La télévision publique devrait être son premier partenaire et son principal vecteur de rayonnement. Au lieu de cela, elle constitue souvent son maillon faible.
Le problème dépasse donc la simple qualité des commentaires. Il pose la question de la responsabilité des dirigeants de la SNRT. Après tant d’années à la tête de l’institution et malgré des budgets considérables, Fayçal Laârajchi devra tôt ou tard rendre des comptes sur ce décalage devenu insupportable entre les moyens engagés et les résultats obtenus. Car lorsque l’excellence est sur le terrain mais que la médiocrité demeure derrière les caméras, ce ne sont plus les journalistes qui sont en cause : c’est toute une gouvernance qui doit être profondément repensée.

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