À quelques mois des élections, les partis de la majorité jouent les opposants : les Marocains ne sont pas amnésiques

3 يوليو 2026
À quelques mois des élections, les partis de la majorité jouent les opposants : les Marocains ne sont pas amnésiques

Chouaib.S
À quatre mois des élections législatives, voilà que certains partis de la majorité tentent de se refaire une virginité politique. L’Istiqlal et le PAM, pourtant membres à part entière du gouvernement, réclament aujourd’hui une commission d’enquête parlementaire sur le scandale des subventions et exonérations accordées aux importateurs de bétail et de viande rouge. Une initiative qui intervient bien tard et qui ressemble davantage à une opération de communication qu’à une véritable volonté de rendre des comptes.
Soyons lucides : cette commission n’a pratiquement aucune chance d’aboutir avant la fin de la législature. Le calendrier parlementaire est trop serré. Dès lors, la question s’impose : pourquoi lancer une telle initiative maintenant, sinon pour tenter de surfer sur la colère populaire et limiter les dégâts électoraux ?
Après avoir soutenu pendant des années les décisions du gouvernement, les partis de la majorité cherchent désormais à se présenter comme des défenseurs des citoyens. Ils espèrent faire oublier leur responsabilité collective dans une gestion marquée par la flambée des prix, l’effondrement du pouvoir d’achat, les difficultés des éleveurs et le scandale des aides publiques ayant profité à une minorité d’importateurs. Mais les Marocains ont de la mémoire. Ils savent que ces formations ont voté les budgets, soutenu les politiques gouvernementales et partagé les responsabilités jusqu’à aujourd’hui.
Le RNI, directement associé à la politique agricole conduite par Aziz Akhannouch, se retrouve certes en première ligne. Mais tenter de faire de lui l’unique responsable relève de l’opportunisme politique. Les autres composantes de la majorité ne peuvent pas se dédouaner aussi facilement. Elles ont participé aux décisions, défendu les mêmes orientations et gardé le silence lorsque les premiers signes de dysfonctionnement apparaissaient.
L’épisode de l’Aïd Al-Adha a constitué un véritable révélateur. Pour des millions de familles marocaines, l’impossibilité d’accomplir un rite profondément ancré dans les traditions nationales a symbolisé la dégradation du niveau de vie et le fossé grandissant entre les dirigeants et la population. Face à cette détresse, les discours technocratiques sur la “régulation du marché” ont renforcé le sentiment d’un pouvoir déconnecté des réalités quotidiennes.
Aujourd’hui, la majorité gouvernementale apparaît profondément fracturée. La solidarité politique a laissé place aux calculs électoralistes. Chacun tente de sauver son image avant le verdict des urnes, quitte à renier les choix qu’il défendait encore hier. Cette agitation tardive ne trompe personne.
Les citoyens attendent des actes, des responsabilités clairement assumées et une véritable reddition des comptes, non des manœuvres destinées à exploiter la colère populaire. À l’heure où la confiance envers les institutions s’effrite, les Marocains réclament des dirigeants cohérents, capables d’assumer leur bilan au lieu de réécrire l’histoire à l’approche des élections. Car la mémoire des citoyens est souvent bien plus longue que ne l’imaginent les stratèges des partis politiques.

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