
L’appel lancé par Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), pour rassembler les forces de la gauche marocaine dans une union dépassant le simple cadre électoral, se voulait porteur d’un souffle nouveau. L’objectif affiché : redonner vie à un courant politique historiquement influent et répondre à l’aspiration d’une partie des Marocains qui espèrent voir émerger une alternative crédible.
Mais à mesure que les semaines passent, l’enthousiasme initial s’est heurté à un mur d’indifférence. Les partis concernés n’ont répondu que timidement, quand ils n’ont pas tout simplement ignoré l’initiative. Chacun semble aujourd’hui davantage occupé à régler ses querelles internes, à distribuer les investitures et à préparer ses propres listes pour les prochaines échéances électorales.
Autrement dit, la logique de boutique politique l’emporte, une fois de plus, sur l’intérêt collectif.
Une gauche divisée… et obsédée par les postes.
Sur le papier, l’idée d’une union reste pourtant séduisante. D’autant que le paysage politique pourrait évoluer avec l’affaiblissement progressif du Rassemblement National des Indépendants (RNI), formation actuellement aux commandes du gouvernement et longtemps associée à la figure d’ Aziz Akhannouch. L’émergence d’une nouvelle direction incarnée par Chaouki pourrait ouvrir une période d’incertitude.
Dans un tel contexte, une opposition de gauche organisée pourrait théoriquement saisir l’occasion et proposer un projet politique cohérent.
Mais la réalité est tout autre. Les formations qui se réclament de la gauche semblent incapables de dépasser leurs rivalités historiques, leurs susceptibilités personnelles et, surtout, leurs calculs électoraux. Les alliances ne se construisent plus autour d’un projet de société, mais autour d’une question beaucoup plus terre-à-terre : combien de sièges au Parlement, combien de portefeuilles ministériels et quelle place dans la future majorité ?
L’ombre d’un passé révolu.
La relation entre l’ Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et le PPS, censée constituer l’ossature d’une éventuelle alliance, reste marquée par les tensions et les méfiances accumulées au fil des années. Imaginer aujourd’hui ces deux partis tourner la page et ressusciter l’esprit de l’alternance menée par Abderrahmane Youssoufi relève presque de la nostalgie politique.
À cela s’ajoute la méfiance persistante de la gauche dite radicale, qui reproche aux partis institutionnels de l’avoir longtemps marginalisée et ignore pour l’instant toute tentative de rapprochement.
Une union fragile avant même d’exister.
Même si un dialogue venait à s’ouvrir, beaucoup doutent de la solidité d’une telle alliance. Car l’expérience politique marocaine a montré que les coalitions conclues avant les élections se désagrègent souvent dès l’annonce des résultats.
Le scénario est connu : chacun se replie sur ses intérêts, négocie individuellement sa place dans la majorité ou dans l’opposition, et l’idée d’un projet commun disparaît au profit d’un « chacun pour soi » dicté par l’arithmétique électorale.
Une crise de crédibilité.
Au fond, le problème dépasse largement la seule question de l’union de la gauche. Il révèle surtout la crise de crédibilité d’une classe politique qui ne parvient plus à convaincre qu’elle agit pour l’intérêt général.
Tant que les partis continueront à se mobiliser principalement pour obtenir un siège, un ministère ou un poste dans les institutions, les appels à l’unité, aussi sincères soient-ils, risquent de rester lettre morte.
Et l’initiative de Benabdellah pourrait bien rejoindre la longue liste des projets politiques qui meurent avant même d’avoir réellement commencé.




