
L’espoir d’un déblocage du dossier de la raffinerie de Mohammedia vient une nouvelle fois de s’évanouir. Le tribunal de commerce de Casablanca a rejeté, vendredi 27 février 2026, l’offre de reprise déposée par le groupe émirati MJM Investments Limited pour l’acquisition des actifs de la Société Anonyme Marocaine de l’Industrie du Raffinage (SAMIR).
Selon plusieurs sources médiatiques, la décision , référencée n°92 ,estime que la proposition ne répond pas à l’ensemble des critères exigés dans le cadre de l’appel à la concurrence, rendant l’offre juridiquement irrecevable à ce stade. Une décision qui refroidit brutalement les espoirs de relance d’un site industriel considéré comme stratégique pour l’économie nationale.
Une offre de 3,5 milliards de dollars balayée.
L’offre présentée par MJM Investments Limited, basée à Dubai, atteignait pourtant 3,5 milliards de dollars, soit l’une des propositions financières les plus importantes jamais formulées pour tenter de relancer la raffinerie depuis sa fermeture.
Le groupe, actif dans la finance, l’immobilier et le private equity, avait demandé un accès technique au site afin d’évaluer l’état réel des installations et d’estimer le coût d’un éventuel redémarrage. Une étape jugée essentielle pour tout investisseur souhaitant remettre en marche une infrastructure industrielle arrêtée depuis plus d’une décennie.
Mais comme souvent dans le feuilleton interminable de la SAMIR, l’espoir a été de courte durée.
Dix ans de blocage et une dette colossale.
La raffinerie de Mohammedia est à l’arrêt depuis 2015. Elle a été placée en liquidation judiciaire le 21 mars 2016, après l’effondrement financier de son propriétaire, l’homme d’affaires saoudien Mohammed Al‑Amoudi.
Depuis, malgré plusieurs tentatives de reprise et l’intervention de banques d’investissement internationales, aucun projet n’a abouti. L’ampleur du passif reste un obstacle majeur : la dette globale dépasse 3,7 milliards d’euros.
Dans l’intervalle, le syndic chargé du dossier a été autorisé à exploiter ponctuellement les capacités de stockage du site afin d’en préserver une partie de la valeur. Mais l’outil industriel lui-même reste figé, comme suspendu dans le temps.
Derrière l’impasse, l’ombre d’un lobby pétrolier.
Officiellement, le rejet de l’offre de MJM repose sur des critères juridiques et procéduraux. Pourtant, dans les milieux économiques marocains, beaucoup évoquent un autre facteur rarement assumé : la pression d’un puissant lobby pétrolier.
Depuis la fermeture de la SAMIR, le Maroc a totalement basculé vers l’importation de produits raffinés. Ce modèle profite largement aux grandes sociétés de distribution et d’importation de carburants, qui ont vu leurs marges et leur influence s’accroître.
Dans ce contexte, la remise en marche d’une raffinerie nationale changerait profondément la donne. Elle pourrait :
Réduire la dépendance aux importations.
Renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Introduire davantage de concurrence sur le marché des carburants.
Autant d’évolutions qui menaceraient directement les intérêts économiques de certains acteurs dominants du secteur.
Pour de nombreux observateurs, le blocage chronique du dossier SAMIR n’est donc pas seulement une question de dette ou de procédure. Il reflète aussi un rapport de forces entre l’intérêt stratégique du pays et les intérêts d’un cartel économique qui n’a aucun intérêt à voir renaître la raffinerie.
Un enjeu majeur de souveraineté énergétique.
La fermeture de la SAMIR a transformé le Maroc en importateur total de produits raffinés, une situation paradoxale pour un pays disposant d’une infrastructure industrielle capable de couvrir une part importante de ses besoins.
Aujourd’hui, chaque hausse des cours internationaux du pétrole se répercute directement sur la facture énergétique nationale.
Le dossier reste par ailleurs lié au contentieux international opposant l’ancien propriétaire au Royaume du Maroc devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une procédure qui entre dans une phase décisive.
Une raffinerie stratégique toujours à l’arrêt.
Dix ans après sa fermeture, la SAMIR demeure l’un des plus grands symboles d’un gâchis industriel et stratégique. Derrière les décisions judiciaires et les offres rejetées, une question persiste :
le Maroc veut-il réellement relancer sa seule raffinerie nationale ,ou certains intérêts économiques préfèrent-ils la voir rester définitivement silencieuse ?
Car pendant que les procédures s’enlisent, la souveraineté énergétique du pays continue, elle, de s’évaporer.




