Schengen devient une forteresse numérique : pour les Marocains, chaque entrée et sortie seront désormais comptabilisées

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Schengen devient une forteresse numérique : pour les Marocains, chaque entrée et sortie seront désormais comptabilisées

Chouaib.S
Pour les Marocains habitués à voyager en Europe, une nouvelle ère s’ouvre aux frontières de l’espace Schengen. Derrière le discours officiel sur la modernisation, la fluidification des contrôles et l’innovation technologique, se dessine surtout un changement majeur : les voyageurs étrangers seront désormais beaucoup plus précisément identifiés, enregistrés et suivis dans leurs déplacements.
Depuis le 10 avril 2026, le système européen d’entrée-sortie, l’EES (Entry/Exit System), est pleinement opérationnel aux frontières extérieures des 29 pays européens participants, après une mise en œuvre progressive entamée le 12 octobre 2025.
Pour les ressortissants marocains effectuant de courts séjours en Europe, le changement est loin d’être anodin.
Adieu les tampons, bienvenue dans la frontière numérique.
Le traditionnel tampon apposé sur le passeport appartient désormais progressivement au passé. À sa place, l’Europe déploie une véritable frontière numérique, capable d’enregistrer électroniquement l’identité du voyageur, les données de son document de voyage, sa photographie faciale et, selon les cas, ses données biométriques.
Le système conserve également les informations relatives aux entrées et sorties, aux dates et aux lieux de passage ainsi qu’aux éventuels refus d’entrée.
Lors du premier passage, les formalités peuvent être plus longues puisqu’il faut procéder à l’enregistrement initial. Par la suite, les données déjà collectées pourront être vérifiées automatiquement. Dans les points de passage équipés, certains voyageurs munis d’un passeport biométrique pourront également utiliser des dispositifs automatisés.
La frontière européenne ne disparaît donc pas : elle se dématérialise et devient beaucoup plus précise.
Le compteur des 90 jours ne laissera plus de place à l’approximation. Mais la véritable nouveauté se trouve ailleurs.
L’EES transforme la célèbre règle Schengen des 90 jours sur une période glissante de 180 jours en un véritable compteur électronique.
Jusqu’ici, le voyageur devait souvent compter ses jours à partir des tampons figurant dans son passeport, avec tous les risques d’erreur que cela pouvait comporter. Désormais, les entrées et sorties sont enregistrées électroniquement et permettent de déterminer plus précisément la durée réelle du séjour.
Pour le voyageur marocain qui effectue plusieurs allers-retours en France, en Espagne, en Italie, en Belgique ou aux Pays-Bas, la marge d’erreur se réduit donc considérablement. Schengen saura précisément quand le voyageur est entré, quand il est ressorti et combien de temps il est resté. Un dépassement de la durée autorisée pourra ainsi être beaucoup plus facilement détecté. L’Union européenne présente d’ailleurs l’EES comme un instrument destiné à mieux lutter contre les dépassements de séjour, la fraude à l’identité et certaines menaces sécuritaires.
Autrement dit, le passeport ne sera plus seulement un document de voyage : il deviendra la porte d’accès à une véritable traçabilité numérique du séjour.
Attention : tous les Marocains ne sont pas concernés de la même manière. Il convient toutefois d’éviter les amalgames.
L’EES concerne principalement les ressortissants de pays tiers effectuant de courts séjours dans l’espace concerné. Certaines catégories de voyageurs bénéficient d’exemptions prévues par la réglementation, notamment certains titulaires de titres de séjour ou de visas de long séjour.
La situation d’un Marocain venant passer quelques jours en Europe pour des raisons touristiques, familiales ou professionnelles n’est donc pas la même que celle d’un Marocain résidant légalement dans un pays européen et disposant d’un titre de séjour.
Autre particularité : l’Irlande et Chypre ne participent pas à l’EES, contrairement aux 29 pays européens concernés par le dispositif.
Plus de sécurité… mais aussi davantage de contrôle.
Bruxelles présente cette transformation comme une avancée technologique destinée, à terme, à rendre les contrôles plus efficaces et à réduire les files d’attente.
Sur le papier, l’argument est séduisant.
Dans la réalité, il faudra cependant attendre pour mesurer les conséquences concrètes du dispositif. Car entre un système informatique parfaitement opérationnel et un aéroport bondé en plein mois d’août, un port méditerranéen soumis à une forte affluence ou un poste-frontière confronté à des centaines de voyageurs simultanément, la technologie ne fait pas toujours disparaître les files d’attente.
Le premier enregistrement biométrique implique nécessairement davantage de procédures qu’un simple tampon sur un passeport. Une fois le voyageur enregistré, les passages suivants pourraient toutefois être plus rapides grâce à l’automatisation.
Pour les Marocains, une frontière européenne de plus en plus verrouillée.
L’EES ne constitue finalement qu’une nouvelle étape dans le durcissement et la numérisation du parcours migratoire européen.
Pour obtenir un visa, le voyageur doit déjà fournir une multitude de documents : justificatifs de ressources, hébergement, assurance, motif du déplacement et garanties de retour. À l’arrivée, il peut être soumis à des contrôles supplémentaires. Désormais, ses mouvements aux frontières extérieures de l’espace Schengen seront également enregistrés électroniquement. Chaque mesure peut évidemment être justifiée au nom de la sécurité, de la lutte contre la fraude ou de la maîtrise des flux migratoires.
Mais une question demeure : jusqu’où peut aller cette logique de contrôle ?
À force d’additionner visas, données biométriques, bases informatiques, contrôles automatisés et systèmes de surveillance, l’Europe ne se contente plus de contrôler sa frontière. Elle construit progressivement une frontière intelligente, permanente et numérique.
Pour les Marocains qui traversent régulièrement la Méditerranée, le message est désormais limpide : entrer dans Schengen reste possible, mais l’époque où quelques tampons suffisaient à raconter un voyage est bel et bien révolue.
Désormais, l’Europe veut savoir avec une précision informatique qui entre, où il entre, quand il entre, combien de temps il reste et, surtout, quand il repart.
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