
Chouaib.S
La rentrée universitaire 2026-2027 s’annonce sous de bien mauvais auspices. Avant même le démarrage officiel des cours, les signes d’une année universitaire mouvementée se multiplient : grèves, dysfonctionnements administratifs, pannes informatiques, inscriptions laborieuses et, surtout, envolée des frais d’inscription qui risque de faire payer aux étudiants et aux travailleurs le prix fort d’une réforme dont les contours et les résultats suscitent de nombreuses interrogations.
Dans plusieurs établissements, le personnel administratif est déjà mobilisé autour de revendications sociales. Cette situation perturbe le processus d’inscription et alimente un climat de tension qui n’avait franchement pas besoin de ça. À ces difficultés s’ajoutent des pannes informatiques récurrentes, alors même que l’administration semble avoir fait du numérique l’unique passage obligé pour l’inscription et la poursuite des études.
Quand étudier devient un luxe.
Mais le véritable coup de massue concerne la formation continue destinée aux travailleurs et aux fonctionnaires souhaitant reprendre ou poursuivre leurs études. L’augmentation des frais d’inscription apparaît particulièrement difficile à justifier lorsqu’elle touche des formations proposées par des établissements dont le positionnement académique et le classement restent loin d’être à la hauteur des ambitions affichées.
La question mérite donc d’être posée sans détour : comment peut-on réclamer davantage aux étudiants et aux salariés lorsque la qualité des services, l’organisation administrative et la reconnaissance académique ne progressent pas au même rythme ?
L’université ne devrait pas devenir une machine à exclure ceux qui, malgré leurs revenus modestes et leurs contraintes professionnelles, veulent continuer à apprendre, obtenir un diplôme et améliorer leur situation sociale. Une hausse excessive des frais risque précisément de fermer les portes de l’enseignement supérieur à ceux qui en ont le plus besoin. À cela s’ajoutent des programmes et des horaires parfois peu compatibles avec les obligations professionnelles. Pour un salarié, reprendre des études représente déjà un sacrifice financier, familial et personnel. Lui imposer des coûts supplémentaires et des conditions d’accès dissuasives revient, de fait, à décourager une partie de ceux qui souhaitent se former.
Une réforme qui accumule les mécontentements.
La réforme de l’université engagée sous le ministre sortant n’épargne pas davantage les enseignants. Les organisations syndicales annoncent à leur tour des mobilisations et menacent de recourir à la grève pour contester certaines dispositions législatives et réglementaires. Le plus préoccupant est que ces tensions interviennent dans un contexte où les différents acteurs de l’université semblent avoir de plus en plus de mal à se parler et à trouver des compromis. Une réforme universitaire ne peut pourtant réussir si elle est perçue comme imposée d’en haut, sans véritable concertation avec ceux qui la mettent quotidiennement en œuvre : étudiants, enseignants et personnels administratifs.
À quoi sert une réforme si elle produit davantage de frustrations que de solutions ? À quoi sert de moderniser l’université si l’étudiant doit affronter des plateformes défaillantes, des procédures compliquées et des frais toujours plus élevés ?
La rentrée 2026-2027 risque ainsi de commencer avec un lourd passif : personnel administratif mécontent, enseignants mobilisés, étudiants confrontés à des difficultés d’inscription et salariés découragés par l’explosion des coûts de la formation continue.
L’université est censée être un ascenseur social. Elle ne doit pas se transformer en péage où seuls ceux qui peuvent payer ont le droit de poursuivre leur chemin.
Les prochaines semaines permettront de mesurer l’ampleur de la contestation. Une chose est déjà certaine : si les responsables de l’enseignement supérieur ne prennent pas rapidement la mesure du malaise, la nouvelle année universitaire pourrait bien commencer sous le signe de la contestation plutôt que sous celui de la réforme et de l’espoir.



