
Chouaib.S
15,50 dirhams le litre dans certaines stations, et peut-être bientôt 16 dirhams : la flambée des prix du gasoil tourne au cauchemar pour les automobilistes marocains. À quelques jours des élections législatives, la question du carburant risque de s’inviter brutalement dans le débat politique. Le plein d’essence devient un luxe. Dans certaines stations-service marocaines, le prix du gasoil a déjà franchi le seuil symbolique des 15,50 dirhams le litre, faisant peser une nouvelle pression sur des ménages dont le pouvoir d’achat est déjà fortement érodé par la hausse générale du coût de la vie.
Depuis la mi-juillet, les automobilistes assistent à une succession d’augmentations qui finit par donner le vertige : 65 à 70 centimes de hausse à la mi-juillet, environ un dirham début août, puis quelque 65 centimes à la mi-août, avant une nouvelle augmentation au 1er septembre. Selon les stations et les villes, le litre gravite désormais autour de 15 dirhams et peut aller nettement au-delà .Et la facture pourrait encore s’alourdir.Selon El Houssine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz, le prix de la tonne de diesel aurait dépassé 1.450 dollars le 7 septembre sur le marché international. Si cette tendance se poursuit, le litre de gasoil pourrait atteindre 16 dirhams au Maroc.
Les tensions géopolitiques, les perturbations du transport maritime, les difficultés d’approvisionnement et la diminution de l’offre de produits raffinés constituent des facteurs explicatifs sérieux. Mais ces arguments, aussi réels soient-ils, ne peuvent pas devenir une réponse automatique à chaque nouvelle hausse.
Quand le marché mondial devient l’alibi permanent.
C’est précisément là que commence le malaise. Les Marocains sont en droit de se demander comment sont réellement constitués les prix à la pompe. Entre le cours international du pétrole, le raffinage, le transport, les taxes, les marges de distribution et les autres coûts, quelle est exactement la part de chaque composante dans le prix payé par le consommateur ? Et surtout : lorsque les cours internationaux augmentent, les prix à la pompe montent rapidement. Mais lorsque les cours baissent, la baisse est-elle répercutée avec la même célérité et dans les mêmes proportions ? Cette question mérite une réponse transparente, chiffrée et vérifiable. Le problème n’est donc pas de désigner sans preuve un quelconque « lobby pétrolier » comme responsable de toutes les hausses. Le véritable scandale serait plutôt l’absence de transparence suffisante sur la formation des prix et sur les marges réalisées tout au long de la chaîne.
Dans un marché aussi stratégique, les consommateurs sont en droit d’exiger de la visibilité.
Le carburant cher ne reste jamais à la station.
Le prix du gasoil ne concerne pas uniquement les propriétaires de voitures.
Lorsque le carburant augmente, le transport routier coûte davantage, les marchandises deviennent plus chères, les coûts de production progressent et les services finissent par subir la même pression. Le carburant agit comme une taxe invisible qui se diffuse progressivement dans toute l’économie. Pour les ménages modestes, les travailleurs qui utilisent leur voiture quotidiennement, les chauffeurs professionnels, les agriculteurs, les artisans et les transporteurs, chaque centime supplémentaire finit par compter.
À force d’augmentations successives, ce n’est plus seulement le réservoir que l’on vide : c’est le pouvoir d’achat des citoyens qui se vide. Une question embarrassante à l’approche des élections.
Le calendrier rend cette flambée particulièrement sensible.
À quelques jours des élections législatives, les partis politiques devront répondre à une question simple : quelle politique énergétique proposent-ils pour protéger les consommateurs lorsque les prix internationaux s’envolent ?
Les Marocains ont déjà connu les conséquences de la libéralisation du secteur et gardent en mémoire les controverses entourant les marges des distributeurs de carburants. Dès lors, promettre de défendre le pouvoir d’achat ne suffit plus. Il faut expliquer concrètement comment contrôler la formation des prix, renforcer la concurrence, protéger les consommateurs et empêcher que les chocs internationaux soient intégralement répercutés sur leurs épaules. Car pendant que les responsables invoquent les marchés internationaux, le citoyen, lui, n’a qu’un seul marché : celui de son portefeuille. Et ce portefeuille, déjà malmené par l’inflation, les loyers, les produits alimentaires et les factures, commence sérieusement à ne plus suivre.
15,50 dirhams aujourd’hui, 16 dirhams demain ?
La question n’est plus de savoir jusqu’où le prix du carburant peut monter. La vraie question est de savoir jusqu’où les Marocains pourront encore encaisser.
À force de faire payer au consommateur chaque soubresaut du marché international, le risque est grand de transformer le carburant en symbole d’une politique où les pertes sont socialisées, tandis que les citoyens restent dans le brouillard sur les marges et les mécanismes de fixation des prix. Les Marocains ne demandent pas des miracles. Ils demandent simplement de savoir pourquoi ils paient si cher.




