Santé mentale au Maroc : le grand aveuglement brisé par le retour de Saad Dine El Otmani

منذ 3 ساعات
Santé mentale au Maroc : le grand aveuglement brisé par le retour de Saad Dine El Otmani

Chouaib.S
Au Maroc, la souffrance psychique est partout , mais reste trop souvent invisible. Non pas faute de patients ni de traitements, mais par déficit de reconnaissance. Il faut en moyenne près de neuf ans pour qu’un trouble mental soit diagnostiqué, un retard considérable nourri par des interprétations métaphysiques, sociales ou religieuses qui détournent les malades du parcours de soin. Dans ce contexte, un projet éditorial inédit ambitionne de combler ce vide : vulgariser, expliquer et surtout déstigmatiser les maladies psychiatriques.
À l’origine de cette initiative, Saad Dine El Otmani. Après son retrait de la vie politique, l’ex-chef du gouvernement revient à sa vocation première : la psychiatrie. Mais cette fois, son combat dépasse les murs du cabinet médical. Il s’agit d’un véritable plaidoyer national pour une nouvelle lecture de la santé mentale.
Neuf ans d’errance : quand la maladie reste sans nom.
De Casablanca à Fès, en passant par Rabat et Marrakech, les psychiatres marocains font face à une réalité alarmante : les patients consultent tard, très tard. Non pas parce que l’offre médicale est inexistante, mais parce que les symptômes sont mal interprétés. Une dépression sévère devient possession, un trouble obsessionnel compulsif est attribué à des forces occultes.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, entre 15 et 20 % de la population mondiale souffre de dépression. Rapporté au Maroc, cela représente des centaines de milliers de personnes plongées dans une détresse silencieuse, souvent exclue du champ de la médecine clinique.Des livres pour soigner les idées reçues.
Face à ce constat, El Otmani a choisi l’arme du savoir. En février 2025, il publie le premier volume de sa série consacrée aux troubles psychiques, dédié à la dépression. Le succès est immédiat et inattendu : plusieurs rééditions en quelques semaines, jusqu’à atteindre une septième édition en moins de deux ans. Un second tome sur les troubles obsessionnels compulsifs suit la même trajectoire.
Ce phénomène est d’autant plus marquant que, selon le Haut Commissariat au Plan, les ménages marocains consacrent à peine 2,8 % de leurs dépenses à la culture. Dans un marché du livre atone, voir un ouvrage de psychiatrie devenir un best-seller relève de l’exception.
L’éditeur lui-même reconnaît avoir été dépassé par l’ampleur de l’engouement. Le livre franchit même les frontières, avec des éditions en Mauritanie et une diffusion jusqu’en Turquie ,  preuve que le besoin de compréhension dépasse le cadre national.

Une urgence sanitaire ignorée.
Derrière cet engouement se cache une réalité plus profonde : une crise silencieuse. Le trouble obsessionnel compulsif (TOC) touche environ 2,5 % de la population mondiale, soit près d’un million de Marocains. Pourtant, la majorité ignore qu’il s’agit d’une maladie traitable.
La stigmatisation sociale et l’absence d’information scientifique claire retardent la prise en charge. Des symptômes pourtant bien identifiés ,
pensées intrusives, rituels compulsifs ,sont encore interprétés à travers des prismes religieux ou surnaturels.
Or, les données médicales sont sans appel : près de 80 % des dépressions répondent favorablement à un traitement combinant thérapie cognitivo-comportementale et médicaments. Le véritable obstacle n’est donc pas thérapeutique, mais culturel.

Un combat devenu cause nationale.
Dans ses écrits, El Otmani insiste : la dépression n’est ni une faiblesse morale, ni un défaut de foi. C’est une pathologie, au même titre que le diabète ou l’hypertension. En changeant le regard, on change aussi les trajectoires de vie.
Son projet éditorial dépasse largement la simple publication de livres. Il s’inscrit comme une intervention stratégique dans le débat public. La présentation de ses ouvrages au Salon international de l’édition et du livre (SIEL) en témoigne : la santé mentale devient un enjeu collectif, porté par une figure politique devenue pédagogue.
Plus qu’un retour aux sources, c’est une reconversion engagée. En remettant la psychiatrie au cœur du débat, Saad Dine El Otmani pose une question essentielle : et si la véritable urgence au Maroc était celle que l’on refuse encore de nommer ?

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