
Chouaib.S
Dans un climat explosif marqué par la flambée continue des prix de l’énergie et une colère sociale qui ne faiblit pas, la ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, tente de sauver les apparences. Invitée sur 2M, elle s’est livrée à un exercice de communication bien rodé : reconnaître à demi-mot quelques failles, tout en évitant soigneusement les véritables responsabilités. Mais derrière ce discours policé se cache une réalité bien plus dérangeante : celle d’un secteur capturé par de puissants lobbies et d’un État incapable ,ou peu désireux , de défendre les intérêts des citoyens.
Premier symbole de cette gestion approximative : le maintien controversé de l’heure GMT+1. La ministre admet enfin que l’évaluation initiale s’est limitée à l’aspect énergétique, ignorant totalement l’impact social. Une reconnaissance tardive, presque contrainte, qui illustre une gouvernance déconnectée des réalités quotidiennes. Comment une décision affectant des millions de Marocains a-t-elle pu être prise avec une vision aussi étroite ?
Mais le cœur du problème reste ailleurs : dans le chaos du marché des carburants. Depuis la libéralisation de 2015, présentée à l’époque comme une avancée, le secteur s’est transformé en terrain de jeu pour quelques acteurs dominants. Résultat : des prix qui flambent, des marges opaques et un consommateur abandonné à son sort. La ministre évoque des “dysfonctionnements”, mais évite de nommer les véritables bénéficiaires de cette situation : les géants pétroliers et leurs réseaux d’influence, qui dictent leur loi dans un marché sans réel contre-pouvoir.
Pendant ce temps, l’État tente de colmater les brèches à coups de milliards. Près de 1,6 milliard de dirhams injectés chaque mois pour soutenir le pouvoir d’achat : une politique coûteuse, inefficace à long terme, et qui ressemble davantage à un pansement sur une plaie ouverte qu’à une réforme structurelle. Car tant que les règles du jeu resteront biaisées, ces efforts budgétaires ne feront que retarder l’inévitable.
Le dossier de la SAMIR cristallise à lui seul les contradictions du discours officiel. Fermée depuis près de dix ans, cette raffinerie aurait pu constituer un levier stratégique pour atténuer la dépendance énergétique du pays. Pourtant, la ministre s’emploie à minimiser son rôle, affirmant qu’elle ne représente pas une solution miracle. Une manière commode d’éluder une question essentielle : pourquoi laisser un outil industriel aussi crucial à l’abandon, sinon pour préserver certains intérêts bien établis ?
En parallèle, le gouvernement multiplie les annonces : terminaux de gaz naturel liquéfié, projet de gazoduc Maroc-Nigeria, réformes institutionnelles… Autant de chantiers ambitieux sur le papier, mais qui peinent à masquer l’absence d’une vision claire et cohérente à court terme. Car dans l’immédiat, ce sont bien les ménages qui paient le prix fort, pris en étau entre hausse des coûts et stagnation des revenus.
À cela s’ajoute un contexte international sous haute tension, notamment au Moyen-Orient, qui fragilise davantage les approvisionnements. Les stocks actuels offrent une visibilité limitée, et le cadre juridique, largement obsolète, n’est plus adapté aux défis d’aujourd’hui. Pourtant, là encore, les réformes tardent, comme si l’urgence n’était jamais réellement prise en compte.
Au final, le constat est sans appel : une ministre dépassée, un gouvernement hésitant, et des lobbies pétroliers tout-puissants qui continuent d’imposer leur agenda. Derrière les discours rassurants, la vérité est bien plus brutale : le secteur énergétique marocain est en crise, et ce sont, une fois de plus, les citoyens qui en paient le prix.





