LA GUERRE DES FAUTEUILS, LES CITOYENS OUBLIÉS ! LES PARTIS SE DISPUTENT LE POUVOIR, QUI DÉFENDRA LE PEUPLE

16 أكتوبر 2026
LA GUERRE DES FAUTEUILS, LES CITOYENS OUBLIÉS ! LES PARTIS SE DISPUTENT LE POUVOIR, QUI DÉFENDRA LE PEUPLE

Chouaib.S
Santé, éducation, emploi, salaires, pouvoir d’achat et prix des carburants : pendant que les Marocains attendent des réponses concrètes, les négociations gouvernementales semblent accorder une place centrale à la répartition des portefeuilles ministériels. La bataille des programmes serait-elle déjà éclipsée par celle des fauteuils ?
Une fois encore, la formation du gouvernement risque de se transformer en un exercice de marchandage politique où les ambitions partisanes occupent le devant de la scène, tandis que les préoccupations quotidiennes des citoyens attendent leur tour. Les tractations autour de la prochaine équipe gouvernementale, conduite par Fatima Ezzahra El Mansouri selon les informations rapportées, illustrent les difficultés auxquelles se heurtent les partis lorsqu’il s’agit de concilier leurs intérêts respectifs.
Après des discussions qui semblaient progresser sans heurts majeurs, la répartition des portefeuilles ministériels aurait ravivé les tensions entre les partenaires. Selon les informations évoquées, Driss Lachgar, premier secrétaire de l’USFP, aurait laissé entendre que son parti pourrait se retirer s’il n’obtenait pas davantage de responsabilités ministérielles. Une menace qui reste à confirmer, mais qui soulève une interrogation fondamentale : la priorité est-elle de construire un gouvernement autour d’un projet commun ou de satisfaire les ambitions des appareils politiques ?
Le problème ne réside pas dans le fait que les partis négocient leur participation au pouvoir. Dans une démocratie pluraliste, les compromis sont inévitables. Mais lorsque la distribution des postes semble devenir le principal point de friction, le débat sur les politiques publiques risque de passer au second plan.
Combien de ministères pour tel parti ? Quel portefeuille pour tel dirigeant ? Qui obtiendra la présidence de telle institution ? Ces questions semblent parfois mobiliser davantage d’énergie que celles qui déterminent réellement l’avenir du pays.
Pourtant, les Marocains n’ont pas voté pour assister à un interminable partage de fauteuils. Ils attendent des responsables politiques qu’ils proposent des solutions à leurs difficultés et qu’ils traduisent leurs engagements en résultats mesurables.
Le pouvoir d’achat attendra-t-il la fin des négociations ?
Pendant que les responsables politiques discutent de la composition du prochain Exécutif, les préoccupations sociales, elles, ne prennent pas de vacances.
Les ménages doivent composer avec leurs dépenses quotidiennes, les jeunes cherchent un emploi, les familles s’inquiètent de l’accès aux soins et les citoyens réclament une école publique de qualité. Les salaires, les retraites, le prix des carburants et le coût de la vie restent au cœur des préoccupations d’une partie importante de la population.  Face à ces difficultés, les citoyens sont en droit d’exiger un programme gouvernemental clair, assorti d’engagements précis et d’un calendrier d’exécution.
Quelles mesures pour protéger le pouvoir d’achat ? Quelle stratégie pour créer des emplois stables ? Quels moyens pour améliorer les hôpitaux et les établissements scolaires ? Quelle politique salariale ? Quelles réponses aux inquiétudes liées aux prix des carburants et à leurs répercussions sur les coûts du transport et des marchandises ?
Voilà les questions qui devraient dominer les négociations.
Un portefeuille ministériel n’est pas un trophée politique. C’est une responsabilité publique qui implique des obligations, des résultats et une reddition des comptes.
Le citoyen ne devrait pas avoir à attendre la fin des marchandages pour découvrir les priorités de ceux qui prétendent gouverner en son nom.
Des ambitions partisanes face à l’urgence sociale.
La situation devient d’autant plus préoccupante que la préparation du projet de loi de finances pour 2027 impose un calendrier serré. Le texte doit être déposé à la Chambre des représentants au plus tard le 20 octobre, conformément à l’échéance annoncée dans les informations rapportées. Certes, les travaux préparatoires ne commencent pas avec l’installation de la nouvelle équipe. Mais la durée des négociations et les compromis de dernière minute peuvent compliquer la définition des priorités du prochain gouvernement. Le budget est pourtant bien davantage qu’un document comptable. Il constitue l’une des principales traductions concrètes des choix politiques : répartition des dépenses publiques, financement des services essentiels, investissements, fiscalité et mesures sociales. C’est là que les promesses doivent être confrontées à la réalité. Un gouvernement qui annonce des ambitions sociales sans leur consacrer les moyens nécessaires risque de décevoir les attentes qu’il a lui-même suscitées.
Le prochain Exécutif devra donc démontrer que ses arbitrages budgétaires répondent à des objectifs clairement définis, et pas uniquement aux équilibres politiques ayant présidé à sa formation.

Des fauteuils à distribuer, mais quelle vision pour le Maroc ?
L’autre dossier sensible concerne la présidence de la Chambre des représentants. Selon les informations évoquées, Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice dans le gouvernement sortant, n’aurait finalement pas été retenu pour cette fonction, au profit d’Ahmed Touizi, considéré dans ces arbitrages comme un profil plus consensuel.
Là encore, les négociations autour des responsabilités institutionnelles rappellent que la formation d’une équipe politique ne se limite pas à la désignation de ministres. Elle implique aussi des équilibres internes, des compromis et des calculs entre formations.
Mais une question demeure : quelle place les citoyens occupent-ils dans ces discussions ?
Les compromis politiques sont légitimes lorsqu’ils permettent de construire une majorité stable et de faire avancer un programme cohérent. Ils deviennent problématiques lorsque la satisfaction des ambitions partisanes semble prendre le pas sur la définition des priorités nationales. La différence est essentielle. Une coalition peut se montrer habile dans la répartition des postes tout en restant fragile sur le terrain des idées, des réformes et des engagements communs. La véritable cohésion d’un gouvernement ne se mesure pas au nombre de ministères attribués à chaque parti, mais à sa capacité à travailler ensemble, à prendre des décisions difficiles et à assumer collectivement leurs conséquences.

Les Marocains ne demandent pas des titres, mais des résultats.
Il serait injuste de réduire toute négociation gouvernementale à une simple course aux privilèges : la répartition des responsabilités répond aussi à des exigences de représentation politique et de fonctionnement institutionnel. Mais ces considérations ne peuvent justifier que le débat public se concentre essentiellement sur les postes à pourvoir. Les citoyens attendent des politiques publiques efficaces, des services accessibles, des perspectives pour la jeunesse et des mesures concrètes contre les difficultés économiques et sociales. Ils veulent savoir ce que le prochain gouvernement entend accomplir, comment il compte le financer et selon quels critères ses résultats seront évalués. Ils veulent également que les responsables rendent compte de leurs décisions, plutôt que de se retrancher derrière les contraintes de la coalition ou les désaccords entre partenaires. La responsabilité politique ne commence pas le jour où les ministres prennent officiellement leurs fonctions. Elle commence dès la formulation des engagements et la négociation du programme qui doit guider leur action.
Le Maroc n’a pas seulement besoin d’une équipe gouvernementale complète. Il a besoin d’une équipe capable de gouverner, de réformer et de répondre aux attentes de la population. Au fond, la question est simple : les partis cherchent-ils d’abord à déterminer ce qu’ils peuvent faire pour le pays ou à négocier ce qu’ils peuvent obtenir du pouvoir ?
La réponse se trouvera moins dans les communiqués annonçant les accords que dans les décisions prises au cours des prochains mois. Car les citoyens finiront par juger les responsables politiques sur des faits : les emplois créés, les services publics améliorés, le pouvoir d’achat préservé et les engagements tenus.
Les fauteuils, eux, seront occupés. Les portefeuilles seront distribués. Mais si les attentes sociales restent sans réponse, la question de fond demeurera entière.
La politique ne devrait pas être une compétition pour les postes, mais un engagement au service de l’intérêt général. Le pouvoir est une responsabilité, pas une récompense. Et les citoyens ne peuvent pas être réduits au rôle de spectateurs d’une bataille dont ils attendent, pourtant, les résultats.

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