PJD : Benkirane, le pyromane de son propre parti

منذ 3 ساعات
PJD : Benkirane, le pyromane de son propre parti

Chouaib.S
À peine le PJD tente-t-il de retrouver une place sur l’échiquier politique marocain que son secrétaire général, Abdelilah Benkirane, rallume les querelles internes. À croire que, chez certains dirigeants, la polémique est devenue une seconde nature et que la division constitue un mode de gouvernance. Il y a des dirigeants qui consacrent leur énergie à rassembler, à construire et à préparer l’avenir. Et puis il y a ceux qui semblent incapables de faire parler d’eux sans déclencher une nouvelle controverse. Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), se retrouve une nouvelle fois au centre d’une tempête politique provoquée par ses propres déclarations.
En pleine rentrée parlementaire et politique, au moment où sa formation devrait consolider ses acquis électoraux, tirer les leçons de ses revers passés et présenter une vision claire des défis nationaux, Benkirane choisit de régler publiquement ses comptes avec Saadeddine El Othmani, ancien chef du gouvernement et figure historique du parti. Une sortie qui soulève une question embarrassante : le principal obstacle au redressement du PJD ne viendrait-il pas, au moins en partie, de ses propres rangs ?

Quand le chef confond autorité et droit d’humilier.
Le propos attribué à Benkirane est révélateur d’une conception particulièrement brutale des rapports politiques. En invitant El Othmani à rester chez lui et à se consacrer à son cabinet de psychiatrie plutôt qu’à participer à la vie du parti, le secrétaire général ne se contente pas d’exprimer un désaccord : il choisit une formule personnelle et méprisante qui transforme une divergence politique en affrontement public.
Le différend porterait sur la signature, par El Othmani, du document relatif à la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Un dossier politiquement sensible, qui mérite un débat sérieux sur les responsabilités, les circonstances et les conséquences de cette décision. Mais depuis quand une question aussi importante se règle-t-elle par des injonctions personnelles ? Si Benkirane conteste les choix de son ancien compagnon de route, qu’il expose ses arguments, assume ses positions et ouvre le débat devant les instances compétentes de son parti. La politique n’est ni un tribunal personnel ni une scène destinée à distribuer publiquement les bons et les mauvais points. Le paradoxe est saisissant : un responsable qui revendique une autorité politique et morale devrait être le premier à mesurer la portée de ses paroles. Or, lorsqu’un chef transforme chaque désaccord en duel personnel, il affaiblit précisément ce qu’il prétend défendre : l’autorité collective de son organisation.

Le PJD, otage des humeurs de son chef ?
La répétition des controverses autour de Benkirane pose une question essentielle : quelle place reste-t-il au débat interne lorsque la parole du secrétaire général tend à occuper tout l’espace ?
Un parti politique ne peut durablement fonctionner comme une structure où les désaccords sont vécus comme des affronts personnels. Il doit pouvoir confronter ses expériences, reconnaître ses erreurs et permettre à ses différentes sensibilités de s’exprimer. Sans cette culture du débat, la loyauté risque de devenir un instrument de contrôle et la discipline une exigence de silence.
L’affaire El Othmani révèle ainsi les fragilités d’un parti confronté à une double exigence : préserver son unité et redéfinir son projet politique. En exposant ses divisions au grand jour, le PJD donne à ses adversaires politiques autant d’occasions de souligner ses contradictions.
La question n’est donc pas de savoir si El Othmani doit être à l’abri de toute critique. Aucun responsable politique, ancien chef de gouvernement compris, ne peut prétendre à une immunité face au débat public. La véritable question est de savoir si les critiques doivent reposer sur des arguments et des procédures collectives ou devenir des attaques personnelles dictées par les rapports de force internes.

Les citoyens attendent des solutions, pas des querelles de palais.
Pendant que les responsables politiques s’affrontent, les préoccupations des Marocains demeurent. Le coût de la vie pèse sur les ménages, l’emploi reste une priorité, les services de santé et d’éducation appellent des réponses concrètes, et les inégalités continuent d’alimenter le mécontentement social.
Dans ce contexte, les querelles entre dirigeants peuvent donner le sentiment que les appareils politiques se préoccupent davantage de leur équilibre interne que des difficultés de la population.
Les citoyens n’attendent pas des responsables du PJD qu’ils règlent leurs différends par des déclarations fracassantes. Ils attendent des propositions crédibles, un travail parlementaire sérieux et une opposition capable de contrôler l’action gouvernementale, de défendre les intérêts publics et de présenter des alternatives.
À quoi sert de revendiquer une ambition nationale si l’énergie du parti est absorbée par les conflits entre ses propres figures ? Et quelle crédibilité peut espérer une formation qui prétend participer au débat démocratique tout en donnant l’impression que ses désaccords se règlent d’abord à coups de déclarations publiques ?

La polémique comme stratégie : une fuite en avant ?
Benkirane maîtrise depuis longtemps les codes de la communication politique directe et provocatrice. Cette manière de s’exprimer peut attirer l’attention, mobiliser une partie de ses sympathisants et imposer certains sujets dans le débat public. Mais elle comporte également un coût : à force de privilégier la confrontation, le message politique risque de disparaître derrière le bruit de la controverse.
La provocation peut offrir une visibilité immédiate ; elle ne constitue pas, à elle seule, un projet politique. Le sens de la formule ne remplace ni la cohérence idéologique, ni la capacité de rassemblement, ni la responsabilité dans l’exercice du pouvoir.
Le danger, pour le PJD, serait de voir sa vie interne se réduire à une succession de crises déclenchées par les déclarations de son premier responsable. Car un parti ne se mesure pas seulement à la popularité de son chef, mais aussi à sa capacité à survivre aux personnalités, à organiser la succession et à faire prévaloir ses institutions sur les ambitions individuelles.

Benkirane peut-il rassembler après avoir divisé ?
La crise actuelle constitue un test pour le PJD. Ses responsables devront déterminer s’ils souhaitent privilégier un fonctionnement fondé sur la confrontation personnelle ou renforcer des mécanismes internes capables de traiter les désaccords sans mettre en péril la cohésion de l’organisation.
Benkirane, de son côté, devra répondre à une question politique fondamentale : peut-on prétendre diriger durablement un parti sans savoir préserver un espace de dialogue avec ceux qui ont partagé son parcours ?
L’ancien chef du gouvernement El Othmani peut être critiqué pour ses décisions. Benkirane peut défendre une position différente sur la normalisation avec Israël. Mais aucun désaccord ne dispense les responsables politiques de rendre des comptes sur leurs propres méthodes et sur les conséquences de leurs paroles.
Au fond, le problème du PJD ne se résume pas à une querelle entre deux anciens compagnons de route. Il tient à la capacité de son leadership à transformer les divergences en débat politique plutôt qu’en guerre de personnes. Car, lorsqu’un chef passe davantage de temps à affronter les siens qu’à défendre un projet collectif, une interrogation finit inévitablement par s’imposer : qui fragilise réellement le parti, ses adversaires ou les divisions qu’il laisse prospérer en son sein ?
Et si le PJD veut véritablement retrouver une crédibilité durable, il devra comprendre qu’aucun dirigeant, aussi populaire ou charismatique soit-il, ne peut durablement placer sa personnalité au-dessus de l’avenir de son organisation.

اترك تعليق

لن يتم نشر عنوان بريدك الإلكتروني. الحقول الإلزامية مشار إليها بـ *


شروط التعليق :

عدم الإساءة للكاتب أو للأشخاص أو للمقدسات أو مهاجمة الأديان أو الذات الالهية. والابتعاد عن التحريض الطائفي والعنصري والشتائم.


الاخبار العاجلة

نستخدم ملفات الكوكيز لنسهل عليك استخدام موقعنا الإلكتروني ونكيف المحتوى والإعلانات وفقا لمتطلباتك واحتياجاتك الخاصة، لتوفير ميزات وسائل التواصل الاجتماعية ولتحليل حركة الزيارات لدينا...لمعرفة المزيد

موافق