
Le roi Mohammed VI préside la cérémonie de nomination du nouveau gouvernement
Rabat, 16 octobre 2026. Le roi Mohammed VI a présidé, vendredi 16 octobre 2026, au Palais royal de Rabat, la cérémonie officielle de nomination des membres du nouveau gouvernement.
À l’issue de cette cérémonie, les nouveaux membres de l’Exécutif ont prêté serment devant le souverain. Une photographie officielle a ensuite été prise avec l’ensemble de l’équipe gouvernementale.
Composition du nouveau gouvernement.
Voici la liste des membres du gouvernement annoncés dans le communiqué fourni :
*Fatima Zahra Mansouri, cheffe du gouvernement.
*Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur.
*Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger.
*Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice.
*Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques.
*Hassan Tarek, secrétaire général du gouvernement.
*Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Efficacité publique.
*Nizar Baraka, ministre de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts.
*Nabil Benabdellah, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification.
*Younes Bjaijou, ministre de la Santé et de la Protection sociale.
*Khalid Hatimi, ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire.
*Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Intégration économique.
*Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports.
*Ezzedine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation.
*Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la Logistique.
*Charafat Afilal, ministre de l’Énergie, des Mines et du Développement durable.
*Abderrahim Chahid, ministre de l’Emploi et du Dialogue social.
*Samir Belfkih, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, porte-parole du gouvernement.
*Ahmed Rahhou, ministre de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration.
*Jalal Cherif, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire.
*Najwa Koukous, ministre de la Famille, du Développement social et de l’Égalité.
Les ministres délégués.
*Abdellatif Loudiyi, ministre délégué auprès de la cheffe du gouvernement, chargé de l’Administration de la défense nationale.
*Ghloub Fitaḥ, ministre déléguée auprès de la cheffe du gouvernement, chargée des Relations avec le Parlement et de la Société civile.
*Omar Hejira, ministre délégué auprès du ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Intégration économique, chargé du Commerce extérieur.
*Ahmed El Mehdi Mezouari, ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire, chargé de la Pêche maritime.
*Kamal El Hachoumi, ministre délégué auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargé de l’Enseignement préscolaire et de la Lutte contre le décrochage scolaire.
*Madiha Kheir, ministre déléguée auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification.
*Fatima Saadi, ministre déléguée auprès du ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, chargée de l’Habitat et de la Politique de la ville.
*Salah Eddine Abkari, ministre délégué auprès du ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, chargé de la Jeunesse.
*Rachid Hamouni, ministre délégué auprès de la ministre de la Famille et du Développement social, chargé de l’Inclusion sociale.
*Aïcha Kallaâ, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration, chargée de la Réforme de l’administration.
*Abdeljabbar Rachidi, ministre délégué auprès du ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire.
La cérémonie s’est déroulée en présence du chambellan royal, Sidi Mohammed Alaoui.
Après le gouvernement des oligarques, un changement de visages suffira-t-il ?
1. Changer les ministres sans changer de politique : le risque d’un simple replâtrage.
Au Maroc, la formation d’un nouveau gouvernement suscite traditionnellement des attentes considérables. Chaque remaniement est présenté comme une occasion de corriger les erreurs du passé, de donner un nouvel élan à l’action publique et de répondre aux préoccupations des citoyens.
Mais une question fondamentale demeure : le changement de gouvernement annonce-t-il un véritable changement de politique ou simplement une nouvelle répartition du pouvoir entre les acteurs politiques ?
C’est précisément là que se situe le problème. Les Marocains ne réclament pas uniquement de nouveaux visages autour de la table du Conseil des ministres. Ils attendent des résultats concrets : une baisse du coût de la vie, des emplois décents, des soins accessibles, une école publique digne de ce nom et une administration qui respecte les citoyens.
Si le nouvel Exécutif se contente de redistribuer les responsabilités sans remettre en cause les politiques qui ont alimenté les frustrations sociales, le changement risque de rester essentiellement cosmétique.
2. L’héritage du gouvernement des oligarques.
La critique de l’oligarchie constitue l’un des angles les plus sensibles du débat politique marocain. Elle renvoie à une interrogation légitime : dans quelle mesure les décisions publiques servent-elles l’intérêt général plutôt que les intérêts de groupes économiques puissants ?
Sous le gouvernement précédent, dirigé par Aziz Akhannouch, les controverses autour des prix des carburants, du pouvoir d’achat et des liens entre affaires et politique ont nourri la défiance d’une partie de l’opinion publique.
La question ne se limite pas à la fortune personnelle des responsables politiques. Elle porte surtout sur les risques de conflits d’intérêts, la concentration économique, les conditions d’attribution des marchés publics et la capacité des institutions à garantir une concurrence équitable.
Un gouvernement ne peut prétendre défendre le pouvoir d’achat tout en laissant planer des soupçons persistants sur la proximité entre les centres de décision politique et les intérêts économiques privés.
Il faut néanmoins distinguer les critiques politiques des faits établis : la richesse d’un responsable ou son passé dans les affaires ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une pratique illégale. Ce sont la transparence, les règles de prévention des conflits d’intérêts et les résultats de l’action publique qui doivent permettre de juger.
3. La véritable épreuve : le pouvoir d’achat.
Pour les ménages marocains, les débats sur les équilibres politiques et les portefeuilles ministériels passent au second plan lorsque les prix continuent de peser lourdement sur leur budget.
Les carburants, l’alimentation, le logement, les transports et les dépenses de santé constituent des préoccupations quotidiennes. Les familles les plus modestes, les retraités et les travailleurs aux revenus limités sont particulièrement vulnérables aux hausses de prix.
Le nouveau gouvernement devra donc répondre à plusieurs questions essentielles :
Quelles mesures concrètes prendra-t-il pour améliorer le pouvoir d’achat ?
Comment compte-t-il renforcer la concurrence sur les marchés et lutter contre les pratiques anticoncurrentielles ?
Va-t-il améliorer la transparence des marges et des mécanismes de formation des prix ?
Comment protégera-t-il les ménages vulnérables sans creuser davantage les déséquilibres budgétaires ?
Les déclarations d’intention ne suffiront pas. Les citoyens attendent un calendrier, des engagements chiffrés et des résultats vérifiables.
4. Une équipe gouvernementale nombreuse : efficacité ou multiplication des postes ?
La composition présentée dans le communiqué fait apparaître une équipe comprenant de nombreux ministres et ministres délégués, avec des portefeuilles parfois étroitement spécialisés.
Cette organisation peut répondre à la nécessité de traiter des dossiers complexes. Toutefois, elle soulève également une question d’efficacité : la multiplication des responsabilités et des structures administratives permet-elle réellement d’améliorer les services publics ?
Le risque est de multiplier les niveaux de décision, de diluer les responsabilités et de compliquer la coordination entre les ministères.
Dans un pays où les citoyens dénoncent régulièrement la lenteur administrative et les difficultés d’accès à certains services, chaque portefeuille supplémentaire devrait être justifié par des objectifs précis et des résultats mesurables.
Le Maroc a-t-il besoin de davantage de ministres ou de ministres capables de résoudre davantage de problèmes ? C’est une interrogation qui mérite une réponse fondée sur les résultats, les compétences et le coût réel du dispositif gouvernemental.
5. Éducation et santé : les secteurs où le gouvernement sera jugé.
L’éducation et la santé constituent deux tests majeurs pour toute équipe gouvernementale.
Dans l’éducation, les priorités sont connues : améliorer la qualité de l’enseignement public, réduire les inégalités territoriales, lutter contre le décrochage scolaire et renforcer la formation des enseignants.
Dans la santé, l’enjeu est tout aussi important : garantir un accès plus équitable aux soins, améliorer les équipements des hôpitaux, renforcer les effectifs médicaux et réduire les dépenses qui pèsent sur les familles.
Les réformes institutionnelles ne peuvent être considérées comme des réussites que si elles se traduisent par une amélioration perceptible de la vie quotidienne.
Un gouvernement qui annonce des réformes ambitieuses mais laisse les citoyens confrontés aux mêmes difficultés risque de perdre rapidement sa crédibilité.
6. Emploi et jeunesse : la promesse d’un avenir meilleur
Le chômage, la précarité et le manque de perspectives constituent des défis majeurs pour le Maroc.
La jeunesse ne demande pas uniquement des discours sur l’entrepreneuriat ou l’innovation. Elle attend des possibilités réelles d’accéder à un emploi stable, à une formation adaptée et à des conditions de vie qui lui permettent de construire son avenir dans son pays.
Le gouvernement devra également s’attaquer aux disparités entre les grandes villes et les régions moins favorisées.
La création d’emplois ne peut pas reposer uniquement sur des annonces d’investissement. Elle suppose une politique économique capable de favoriser les petites et moyennes entreprises, de soutenir les activités productives et de garantir des conditions de concurrence équitables.
7. L’intelligence artificielle et le numérique : une ambition qui doit profiter à tous.
La présence annoncée d’un portefeuille consacré à l’intelligence artificielle et à la transformation numérique traduit une volonté de modernisation.
Mais la technologie ne saurait constituer une fin en soi. Elle doit servir à améliorer les services publics, à simplifier les démarches administratives, à renforcer la transparence et à créer des emplois qualifiés.
Le véritable défi sera d’éviter que cette modernisation ne profite qu’à une minorité déjà favorisée, tandis que les populations les plus fragiles continueraient de subir les inégalités d’accès aux services et aux opportunités économiques.
8. Le véritable changement se mesurera à la rupture avec les pratiques contestées.
Au-delà des noms et des portefeuilles, le nouveau gouvernement devra apporter des réponses claires sur plusieurs sujets : la transparence des décisions publiques, la prévention des conflits d’intérêts, la lutte contre la corruption, l’efficacité des dépenses publiques et l’indépendance des mécanismes de contrôle.
La crédibilité d’un Exécutif ne se construit pas uniquement lors de sa nomination. Elle se forge dans sa capacité à prendre des décisions difficiles, à résister aux pressions particulières et à rendre des comptes.
Si les citoyens ont le sentiment que les mêmes intérêts continuent de peser sur les orientations économiques, le renouvellement des responsables ne suffira pas à rétablir la confiance.
Les Marocains attendent des résultats, pas une nouvelle distribution des fauteuils.
Le Maroc n’a pas seulement besoin d’un nouveau gouvernement. Il a besoin d’une action publique plus juste, plus transparente et plus efficace.
Après les controverses qui ont marqué le gouvernement précédent, la nouvelle équipe devra démontrer qu’elle est capable de replacer l’intérêt général au centre de ses décisions.
Le véritable enjeu ne consiste pas à savoir combien de ministres ont changé, combien de partis sont représentés ou qui a obtenu tel ou tel portefeuille. Il consiste à déterminer si le citoyen marocain vivra mieux demain qu’aujourd’hui.
Les familles veulent pouvoir se nourrir dignement, se loger sans s’endetter excessivement, se soigner sans se ruiner et offrir à leurs enfants une éducation qui leur ouvre des perspectives.
Elles veulent également que l’argent public soit utilisé avec rigueur et que les règles soient les mêmes pour tous, quelle que soit la puissance économique ou politique des intéressés.
Le verdict ne sera donc pas rendu au Palais royal, lors de la cérémonie de nomination, mais dans les foyers marocains, les hôpitaux, les écoles, les entreprises et les quartiers populaires.
Si le nouveau gouvernement améliore concrètement les conditions de vie, il pourra gagner la confiance des citoyens. S’il se contente de reproduire les pratiques qu’il était censé corriger, il risque de nourrir davantage la défiance envers la classe politique.
Car, au Maroc, le véritable changement ne sera pas celui des hommes et des femmes qui occupent les fauteuils ministériels, mais celui des politiques qui déterminent le quotidien de millions de citoyens.




