Akhannouch : l’argent, le pouvoir et les illusions d’une gouvernance à bout de souffle

منذ 3 ساعات
Akhannouch : l’argent, le pouvoir et les illusions d’une gouvernance à bout de souffle

Chouaib.S
On se souvient qu’en 2021, le milliardaire Aziz Akhannouch avait mobilisé des moyens financiers considérables au profit du Rassemblement national des indépendants (RNI), dont il était alors le président. Une campagne électorale particulièrement coûteuse, marquée par une communication omniprésente, une organisation extrêmement structurée, une forte présence numérique et une utilisation massive des réseaux sociaux, avait contribué à installer le parti au cœur du pouvoir.
La victoire du RNI lui a ensuite ouvert les portes de la primature. Akhannouch, homme d’affaires devenu chef de gouvernement, réalisait ainsi une ambition politique qu’il nourrissait depuis plusieurs années. Mais cinq années plus tard, le bilan de cette expérience soulève de nombreuses interrogations. Peut-on réellement gouverner un pays comme on dirige un empire économique ? La question mérite d’être posée, tant les critiques se sont multipliées autour du coût de la vie, du pouvoir d’achat, du chômage, de la situation des services publics et du sentiment d’inégalité qui traverse une partie de la société marocaine. Il faut cependant éviter les raccourcis : le financement légal des campagnes électorales ne saurait, à lui seul, être assimilé à l’achat de voix ou à une corruption électorale. En revanche, la concentration exceptionnelle de ressources financières entre les mains d’un responsable politique pose une question démocratique fondamentale : jusqu’où l’argent peut-il influencer la compétition politique et l’accès au pouvoir ?
En 2021, le RNI avait déployé une véritable machine électorale : recrutement de militants, encadrement territorial, communication tous azimuts, affichage, supports promotionnels et surtout offensive numérique d’une ampleur rarement observée auparavant. Cette démonstration de puissance avait donné au parti une visibilité considérable.
Mais une victoire électorale obtenue avec une formidable puissance de communication ne constitue pas, à elle seule, un contrat de réussite gouvernementale. Les électeurs jugent finalement sur les résultats, et non sur les gadgets de campagne, les slogans ou les campagnes numériques.
À l’approche des prochaines élections législatives du 23 septembre, le RNI devra donc affronter une autre réalité. Aziz Akhannouch, qui a quitté la présidence du parti, n’est plus dans la même position qu’en 2021. Son implication politique apparaît plus distante, même s’il demeure une figure centrale de la formation et qu’il pourrait encore apporter son soutien lorsque les circonstances l’exigeront.
La véritable question n’est donc plus de savoir si le RNI peut reproduire financièrement la campagne spectaculaire de 2021. Elle est beaucoup plus simple et beaucoup plus dérangeante : quel bilan le parti présentera-t-il aux Marocains ?
Car derrière les batailles électorales, les querelles partisanes et les opérations de communication se trouve une population confrontée à des difficultés bien concrètes. Lorsque les prix augmentent, que le pouvoir d’achat s’érode, que les jeunes peinent à accéder à l’emploi et que les services publics demeurent sous pression, l’argent dépensé dans une campagne électorale ne peut remplacer une politique publique efficace. Le Maroc n’a surtout pas besoin d’une démocratie réduite à une compétition entre appareils puissants, fortunes considérables et machines électorales sophistiquées. Il a besoin d’institutions crédibles, d’une véritable reddition des comptes et d’une compétition politique dans laquelle la qualité des programmes et le bilan des gouvernants comptent davantage que leur puissance financière.
Le véritable test pour Akhannouch et son parti ne sera donc pas le nombre d’affiches, de publications sponsorisées ou de meetings organisés. Il sera celui du verdict populaire.
Car une élection peut se gagner avec de l’argent et une formidable machine politique. Mais la confiance des citoyens, elle, ne s’achète pas indéfiniment.
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