
Chouaib Sahnoun
Depuis la relance des discussions autour du plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara, la posture d’Alger semble évoluer de manière notable. Longtemps campé sur des positions inflexibles, le pouvoir algérien paraît aujourd’hui adopter un ton plus mesuré face aux initiatives diplomatiques menées par les États-Unis.
Pendant des années, l’Algérie a soutenu avec constance le Front Polisario, inscrivant la question saharienne au cœur de sa doctrine régionale. Mais le contexte international a profondément changé. À l’Organisation des Nations unies comme à la Maison-Blanche, la dynamique diplomatique semble désormais davantage favorable à la proposition marocaine d’autonomie, jugée « sérieuse et crédible » par plusieurs capitales occidentales.
Face à cette nouvelle donne, le régime algérien , souvent qualifié par ses détracteurs de « régime des caporaux » en référence au poids déterminant de l’institution militaire dans la vie politique , aurait compris que l’isolement diplomatique comportait des risques. L’époque où Alger pouvait multiplier les postures de confrontation sans coût stratégique paraît révolue.
La carte énergétique comme levier de négociation.
Conscient d’avoir épuisé une partie de ses marges de manœuvre, le pouvoir algérien miserait désormais sur un atout majeur : ses ressources énergétiques. Premier producteur africain de gaz naturel, l’Algérie reste un fournisseur important pour l’Europe, particulièrement depuis les bouleversements énergétiques liés à la guerre en Ukraine.
Dans cette logique, Alger chercherait à transformer son poids énergétique en levier diplomatique auprès de Washington. Mais selon plusieurs analyses, le message américain serait sans ambiguïté : toute tentative de blocage du processus politique sur le Sahara pourrait avoir des conséquences sur la qualité des relations bilatérales.
L’administration américaine, qui avait reconnu en 2020 la souveraineté marocaine sur le Sahara, maintient une implication active dans la recherche d’un compromis politique sous l’égide de l’ONU. Dans ce cadre, elle encouragerait une participation constructive de toutes les parties, y compris l’Algérie, longtemps considérée comme un acteur central du dossier.
Une inflexion dictée par la prudence
Ce repositionnement algérien ne serait pas seulement diplomatique, mais aussi défensif. Le pouvoir à Alger redouterait qu’un nouvel équilibre régional, marqué par un rapprochement stratégique entre le Maroc et ses alliés occidentaux, ne ravive certains dossiers sensibles, qu’ils soient sécuritaires, économiques ou politiques.
Derrière l’apparente détente, la méfiance persiste. Des garanties auraient été recherchées afin de préserver les intérêts stratégiques du pays et d’éviter toute marginalisation dans l’architecture sécuritaire régionale.
Un tournant ou une manœuvre tactique ?
Reste à savoir si ce changement d’attitude constitue un véritable tournant stratégique ou une simple adaptation conjoncturelle dictée par la pression internationale. Les critiques du régime parlent d’un pouvoir fragilisé, contraint d’ajuster sa ligne face au risque d’isolement et aux signaux envoyés par Washington.
D’autres observateurs appellent cependant à la prudence : la diplomatie algérienne a souvent alterné phases de fermeté et périodes d’ouverture, sans remise en cause fondamentale de ses principes affichés sur le Sahara.
Une chose est sûre : l’intensification des efforts américains pour parvenir à un accord rapide modifie les équilibres traditionnels du dossier. Et dans ce nouvel environnement, chaque acteur semble recalibrer sa stratégie, entre pression, intérêts énergétiques et calculs géopolitiques.



