
Ce qui devait être un voyage spirituel vers les lieux saints s’est mué en cauchemar à ciel ouvert. Des dizaines de Marocains se retrouvent abandonnés à Istanbul, livrés à eux-mêmes, après avoir versé toutes leurs économies à une agence de voyages de Marrakech censée organiser leur Omra. Mais au-delà de ce drame humain, une vérité dérangeante s’impose : ce n’est pas un cas isolé.
Derrière les promesses pieuses et les discours empreints de religiosité, prolifèrent des agences fictives ou douteuses qui exploitent la naïveté et la foi de citoyens vulnérables. Chaque année, des familles marocaines tombent dans le piège de structures opaques, souvent créées à la hâte, qui utilisent le nom de la religion comme argument commercial et comme écran moral.
Un voyage spirituel transformé en détresse
Les faits sont accablants. Les pèlerins avaient souscrit à une offre à 23.000 dirhams par personne, incluant billets d’avion et hébergement. Un acompte de 5.000 dirhams a été versé, accompagné de la remise des passeports. À l’approche du Ramadan, le solde a été réglé, reçus à l’appui. Puis le silence.
Des réponses évasives.
Un responsable injoignable.
Arrivés à Istanbul, les pèlerins découvrent que les engagements contractuels n’ont pas été respectés. Certains se retrouvent dans des conditions précaires, loin de l’expérience spirituelle qu’ils espéraient vivre. La détresse est d’autant plus forte qu’il s’agit souvent de personnes âgées ayant économisé pendant des années pour accomplir ce devoir religieux.
Un système qui prospère sur l’impunité
Le plus inquiétant dans cette affaire n’est pas seulement la disparition présumée du responsable, mais la répétition du scénario. À chaque saison religieuse ,Omra ou Hajj, les mêmes mécanismes réapparaissent :
Publicités alléchantes
Prix « exceptionnels »
Urgence artificielle pour pousser au paiement rapide
Disparition ou défaillance logistique
Ces pratiques prospèrent dans un climat où le contrôle reste insuffisant et où les sanctions, lorsqu’elles existent, peinent à dissuader. Tant que des agences peuvent ouvrir, collecter des millions et disparaître sans conséquences exemplaires, les escroqueries continueront.
Le plus choquant reste l’instrumentalisation de la foi. Utiliser la Omra comme levier commercial pour tromper des familles est une double faute : financière et morale. La confiance religieuse devient un outil marketing. La spiritualité est transformée en argument de vente.
Or, la foi ne devrait jamais servir de garantie implicite d’honnêteté.
Responsabilités et urgences
Des plaintes ont été déposées auprès des autorités compétentes à Marrakech. Une intervention aurait été ordonnée pour trouver une solution d’urgence aux pèlerins bloqués. Mais au-delà de la gestion de crise, une réforme structurelle s’impose :
Publication d’une liste officielle et régulièrement mise à jour des agences agréées
Contrôles financiers stricts
Garantie bancaire obligatoire protégeant les clients
Sanctions pénales dissuasives et publiques
Il ne s’agit plus seulement de régler un incident, mais de protéger des citoyens contre un phénomène récurrent.
Jusqu’à quand ?
Combien de familles devront encore vivre l’humiliation d’être abandonnées à l’étranger ? Combien de retraités devront perdre les économies d’une vie au nom d’une confiance mal placée ?
Cette affaire d’Istanbul est un signal d’alarme. Elle révèle une faille profonde dans l’encadrement d’un secteur sensible où l’émotion, la foi et l’argent se croisent dangereusement.
La Omra est un acte spirituel. Elle ne doit pas devenir un marché pour escrocs.




