Partis-boutiques, promesses électorales et désillusion

27 سبتمبر 2026
Partis-boutiques, promesses électorales et désillusion

Chouaib.S
À chaque élection, le même scénario se répète. Les partis ressortent leurs drapeaux, leurs slogans et leurs promesses. Les candidats réapparaissent sur le terrain, les meetings se multiplient, les réseaux sociaux s’enflamment et les programmes électoraux promettent, une nouvelle fois, emplois, pouvoir d’achat, santé, éducation, protection sociale et justice sociale. Puis, le scrutin passé, le rideau retombe.
Pour une partie croissante des Marocains, les partis politiques ressemblent désormais davantage à des « boutiques électorales » qui ouvrent quelques semaines avant les élections qu’à de véritables organisations idéologiques et militantes, implantées durablement dans la société. Entre deux scrutins, beaucoup disparaissent du paysage quotidien, avant de réapparaître lorsque les urnes se rapprochent.
Cette perception n’est évidemment pas partagée par tous, et les partis demeurent des acteurs essentiels de la démocratie représentative. Mais elle traduit une crise de confiance réelle, alimentée par les changements d’étiquettes, les alliances parfois surprenantes, les transferts de candidats d’une formation à une autre et les promesses qui se ressemblent d’un programme à l’autre.
Des programmes qui se ressemblent, des discours qui se répètent.
Emploi, salaires, pouvoir d’achat, santé, école, logement, jeunesse, protection sociale : les grandes priorités affichées par les formations politiques finissent souvent par se confondre.
Les chiffres sont spectaculaires, les annonces ambitieuses, les engagements nombreux. Mais une question essentielle demeure : combien de promesses ont réellement été réalisées, dans quels délais et avec quels moyens financiers ?
C’est précisément là que se joue une grande partie de la défiance.
Un électeur ne demande pas seulement qu’on lui promette un emploi, une hausse de salaire ou une amélioration de l’hôpital. Il veut savoir qui paiera, comment la mesure sera appliquée, quels résultats seront mesurables et qui devra rendre des comptes en cas d’échec.
La politique réduite à une bataille de sièges .
La transhumance politique nourrit également le scepticisme. Des candidats changent de formation, des alliances se font et se défont, tandis que les rivalités internes prennent parfois davantage de place que les débats sur les politiques publiques.
À force de voir les mêmes visages circuler d’une formation à l’autre, certains citoyens finissent naturellement par se demander : où sont les convictions, où sont les projets et où commence réellement l’intérêt général ?
Le problème n’est pas uniquement celui des hommes et des femmes politiques. Il concerne aussi le fonctionnement d’un système dans lequel l’élection peut devenir, pour certains acteurs, l’objectif principal au lieu d’être le moyen de défendre un projet collectif.
Les plus vulnérables, terrain privilégié de la politique électorale.
La critique doit cependant être formulée avec prudence. Il serait injuste de réduire les électeurs modestes ou peu instruits à des citoyens incapables de discernement. La pauvreté et le faible niveau d’instruction ne signifient nullement absence d’intelligence ou de conscience politique. En revanche, les difficultés économiques peuvent rendre certaines populations plus vulnérables aux promesses immédiates, au clientélisme, aux réseaux d’influence et aux échanges de services contre un soutien électoral.
C’est précisément pour cette raison que les responsables politiques devraient être soumis à une exigence encore plus forte de transparence et de responsabilité.
Une démocratie solide ne devrait pas avoir besoin d’exploiter la précarité pour obtenir des voix.
Une jeunesse qui s’éloigne des urnes.
L’autre signal d’alarme est la distance croissante entre la jeunesse et la politique institutionnelle.
Les partis investissent désormais TikTok, Facebook, Instagram et les autres réseaux sociaux pour tenter de séduire une génération qui communique autrement et qui se méfie davantage des discours politiques traditionnels. Le paradoxe est saisissant : la jeunesse peut être extrêmement présente dans les débats politiques en ligne tout en restant largement absente des urnes. Ce désengagement ne peut pas être imputé uniquement aux jeunes. Lorsqu’une génération ne se reconnaît plus dans les partis, les responsables politiques doivent également s’interroger sur leur capacité à représenter ses aspirations.
Le véritable défi dépasse le 23 septembre.
Le scrutin du 23 septembre ne devrait donc pas être considéré uniquement comme une compétition entre partis pour conquérir des sièges.
Il constitue aussi un test pour la démocratie représentative marocaine.
Les formations politiques veulent obtenir la confiance des citoyens ? Elles devront alors accepter de rendre des comptes, présenter des programmes réellement différenciés, expliquer leur financement, publier des bilans et surtout démontrer, entre deux élections, qu’elles sont présentes au service de la société. Car un parti politique ne devrait pas être une boutique qui ouvre avant le scrutin et ferme après la proclamation des résultats.
Il devrait être une structure permanente de débat, de formation, de proposition et de contrôle de l’action publique.
La question fondamentale n’est donc peut-être plus seulement de savoir pour qui les Marocains vont voter, mais pourquoi une partie d’entre eux ne croit plus que leur vote puisse réellement changer leur quotidien. Et si la défiance grandit, la responsabilité ne peut être attribuée exclusivement aux électeurs. Lorsque les citoyens cessent de croire aux partis, les partis doivent commencer par se demander pourquoi.

اترك تعليق

لن يتم نشر عنوان بريدك الإلكتروني. الحقول الإلزامية مشار إليها بـ *


شروط التعليق :

عدم الإساءة للكاتب أو للأشخاص أو للمقدسات أو مهاجمة الأديان أو الذات الالهية. والابتعاد عن التحريض الطائفي والعنصري والشتائم.


الاخبار العاجلة

نستخدم ملفات الكوكيز لنسهل عليك استخدام موقعنا الإلكتروني ونكيف المحتوى والإعلانات وفقا لمتطلباتك واحتياجاتك الخاصة، لتوفير ميزات وسائل التواصل الاجتماعية ولتحليل حركة الزيارات لدينا...لمعرفة المزيد

موافق