
Chouaib.S
Alors que le Maroc s’apprête à rouvrir le dossier sensible de l’enrichissement illicite, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, se retrouve au cœur d’une confrontation politique avec le PJD. Derrière les divergences juridiques affichées, une question mérite d’être posée : pourquoi cette future législation suscite-t-elle autant de crispations ?
Le débat sur la future loi relative à l’enrichissement illicite n’a pas encore véritablement commencé que les premières tensions politiques se font déjà sentir. Comme on pouvait s’y attendre, le PAM et le Parti de la justice et du développement (PJD) affichent des positions divergentes sur un dossier particulièrement sensible, qui touche directement à la transparence de la vie publique, à la responsabilité des responsables politiques et à la lutte contre la corruption.
Au centre de cette confrontation figure Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice issu du PAM, dont les prises de position sur ce dossier suscitent des interrogations. Face à lui, le PJD défend une approche davantage axée sur le renforcement des mécanismes de contrôle et de répression des pratiques d’enrichissement injustifié. Mais pourquoi un texte censé contribuer à moraliser la vie publique provoque-t-il autant de résistances ? Et pourquoi les discussions semblent-elles se cristalliser autour des garanties juridiques plutôt que sur les moyens concrets de lutter contre l’accumulation de fortunes dont l’origine ne peut être clairement justifiée ? Le principal point de friction concerne les procédures judiciaires et les garanties accordées aux personnes soupçonnées d’enrichissement illicite. Le PAM, à travers les positions défendues par Ouahbi, met notamment en avant le respect des droits de la défense et le principe fondamental de la présomption d’innocence. Une préoccupation juridiquement légitime, puisque nul ne peut être considéré coupable avant d’avoir été condamné conformément à la loi.
Le PJD, de son côté, estime que ces garanties ne doivent pas devenir un obstacle à l’efficacité de la lutte contre la corruption. Pour ses représentants, la future législation doit se doter de mécanismes suffisamment dissuasifs pour permettre aux autorités judiciaires d’enquêter sur les patrimoines suspects, d’identifier les enrichissements injustifiés et, lorsque les faits sont établis, de sanctionner les responsables.
Au-delà de cette bataille juridique, c’est toute la crédibilité de l’action publique qui se trouve en jeu. Car les citoyens marocains attendent des réponses concrètes à une question devenue récurrente : comment certains responsables peuvent-ils voir leur patrimoine augmenter considérablement sans que l’origine de leur richesse fasse l’objet d’explications convaincantes ?
La présomption d’innocence doit naturellement être protégée. Mais la transparence du patrimoine des responsables publics, la prévention des conflits d’intérêts et la lutte contre la corruption constituent également des exigences incontournables dans un État de droit. Le véritable enjeu sera donc de trouver un équilibre entre la protection des libertés individuelles et l’efficacité des dispositifs de contrôle. Une loi trop faible risquerait de rester symbolique, tandis qu’un dispositif mal encadré pourrait ouvrir la voie à des procédures arbitraires.
Dans cette confrontation entre le PAM et le PJD, le risque est de voir un dossier d’intérêt national se transformer en simple règlement de comptes politique. Or, la lutte contre l’enrichissement illicite ne devrait être ni l’affaire d’un parti ni celle d’un ministre. Elle devrait constituer une priorité collective. Une question demeure : si la future loi est réellement conçue pour protéger les innocents tout en poursuivant les enrichissements injustifiés, pourquoi son élaboration suscite-t-elle déjà autant de controverses ?
Les Marocains ne demandent pas une bataille de déclarations entre responsables politiques. Ils attendent une législation claire, applicable à tous, sans distinction de statut, de fonction ou d’appartenance politique. Car la lutte contre la corruption ne peut être crédible si ceux qui détiennent le pouvoir échappent aux exigences de transparence imposées aux autres.


