Maroc : des limogeages qui marquent l’histoire politique, de Driss Basri au séisme de 2017

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Maroc : des limogeages qui marquent l’histoire politique, de Driss Basri au séisme de 2017

Chouaib.S
Le départ de Madiha Khiyer, secrétaire d’État chargée de la formation professionnelle, remet en lumière les mécanismes de révocation des membres du gouvernement au Maroc. De Driss Basri à Mohamed Ouzzine, en passant par le spectaculaire remaniement-sanction de 2017, plusieurs décisions royales ont marqué la vie politique nationale et rappelé que les responsabilités gouvernementales peuvent être remises en cause en cas de défaillances jugées graves.
Au Maroc, les limogeages ministériels ne constituent pas un phénomène nouveau. Ils s’inscrivent dans une pratique institutionnelle qui permet de sanctionner certains responsables sans nécessairement procéder à la dissolution de l’ensemble du gouvernement.
L’article 47 de la Constitution de 2011 encadre la nomination et la fin des fonctions des membres du gouvernement. Il prévoit notamment que le roi Mohammed VI peut mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du cabinet, à l’initiative du chef du gouvernement ou selon les modalités constitutionnelles applicables. Ce mécanisme permet d’opérer des changements au sein de l’Exécutif tout en assurant la continuité des institutions.
Driss Basri, la fin d’une époque.
Parmi les révocations les plus marquantes figure celle de Driss Basri, puissant ministre de l’Intérieur pendant plusieurs décennies et figure centrale du système politique sous le règne de Hassan II.
Le 9 novembre 1999, quelques mois après l’accession de Mohammed VI au trône, Driss Basri est remplacé par Ahmed El Midaoui. Cette décision dépasse largement le simple changement à la tête du ministère de l’Intérieur. Elle est alors interprétée comme l’un des premiers signes d’une évolution de la gouvernance et d’une volonté de renouvellement à l’aube d’une nouvelle ère politique.
Le départ de cet homme, longtemps considéré comme l’un des piliers du pouvoir, reste ainsi un épisode emblématique de l’histoire contemporaine du Maroc.
2017 : le « séisme politique » et les sanctions liées à Al Hoceima
Autre épisode majeur : le 24 octobre 2017, lorsque Mohammed VI décide de mettre fin aux fonctions de plusieurs ministres et hauts responsables à la suite des conclusions d’un rapport consacré aux retards du programme de développement d’Al Hoceima, « Manarat Al Moutawassit ».
Cette décision, largement qualifiée de « séisme politique », intervient dans un contexte marqué par des tensions sociales dans la région du Rif et par de fortes attentes en matière de développement, d’accès aux services publics et de justice sociale.
Parmi les responsables concernés figurent Mohamed Hassad, alors ministre de l’Éducation nationale, Nabil Benabdallah, ministre de l’Aménagement du territoire, El Houssine Louardi, ministre de la Santé, ainsi que Larbi Bencheikh, secrétaire d’État chargé de la formation professionnelle. Ali Fassi Fihri, directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, est également démis de ses fonctions.
Au-delà des personnes sanctionnées, cet épisode envoie un message politique fort : les retards dans la réalisation des projets publics et les défaillances dans la mise en œuvre des politiques de développement peuvent entraîner des conséquences au plus haut niveau de l’État.
Mohamed Ouzzine : la sanction après le fiasco de Rabat.
Le 7 janvier 2015, Mohamed Ouzzine, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, est lui aussi démis de ses fonctions à la suite des dysfonctionnements ayant marqué la pelouse du complexe sportif Moulay-Abdellah de Rabat pendant la Coupe du monde des clubs de la FIFA 2014. Les images d’un terrain gravement dégradé, notamment après les intempéries et les tentatives de remise en état, avaient suscité de nombreuses critiques au Maroc comme à l’étranger. Cette affaire avait porté atteinte à l’image de l’organisation marocaine et placé le ministre au centre d’une vive controverse.
Sa révocation illustre une autre dimension des sanctions gouvernementales : la responsabilité politique peut également être engagée lorsque des défaillances dans l’organisation d’un événement majeur suscitent un scandale public.
Des révocations qui posent la question de la responsabilité politique.
De Driss Basri à Mohamed Ouzzine, en passant par les sanctions de 2017, ces épisodes témoignent de la place centrale qu’occupent les décisions royales dans la recomposition de l’Exécutif marocain. Ils soulèvent également une question fondamentale : les limogeages suffisent-ils à garantir la reddition des comptes et l’amélioration de l’action publique ? Si la révocation d’un responsable peut constituer un signal fort, elle ne règle pas nécessairement les problèmes structurels à l’origine des défaillances. La transparence dans la gestion des projets, l’évaluation des politiques publiques, la clarification des responsabilités et le suivi des engagements restent essentiels pour éviter que les mêmes dysfonctionnements ne se reproduisent.
Au-delà des changements de personnes, l’enjeu demeure donc celui de l’efficacité de l’action gouvernementale et de la capacité des institutions à traduire les décisions politiques en résultats concrets pour les citoyens.

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