Khouribga : 100 000 dirhams pour tourner la page des charrettes à traction animale… Pourquoi avoir attendu si longtemps

23 أكتوبر 2026
Khouribga : 100 000 dirhams pour tourner la page des charrettes à traction animale… Pourquoi avoir attendu si longtemps

Chouaib.S
La capitale du phosphate, Khouribga veut interdire la circulation des charrettes tirées par des animaux dans son périmètre urbain. Le conseil communal a approuvé une enveloppe de 100 000 dirhams destinée à accompagner les propriétaires concernés. Une décision qui soulève néanmoins une question essentielle : pourquoi avoir toléré aussi longtemps un mode de transport dont les conséquences sur la circulation, la propreté urbaine et la sécurité sont régulièrement dénoncées ?
La ville de Khouribga, connue pour son rôle historique dans l’industrie phosphatière marocaine, entend franchir une nouvelle étape dans la modernisation de son espace urbain. Lors de sa session tenue mardi, le conseil communal a approuvé l’octroi d’une aide financière de 100 000 dirhams au profit des propriétaires de charrettes tirées par des animaux, dans le cadre de la mise en œuvre d’une décision visant à interdire ce type de transport à l’intérieur du périmètre urbain.
Cette mesure fait suite à une demande présentée par la conseillère communale Fatima Zahra Khalfadire, qui a appelé les élus à prendre en considération la situation sociale des personnes dont les revenus dépendent directement de cette activité. L’objectif affiché est d’éviter que l’application de l’interdiction ne plonge des familles dans la précarité, tout en leur permettant de se tourner vers des activités alternatives.
Après des discussions entre les membres du conseil, la proposition a été soumise au vote et adoptée. Sur le principe, cette initiative mérite d’être saluée : une décision publique qui bouleverse les conditions de travail de plusieurs familles doit s’accompagner de mesures sociales. Mais au-delà de cette aide, le dossier met en lumière les limites de la gestion municipale et les retards accumulés dans l’organisation des transports et de l’espace public.

Une capitale du phosphate confrontée à un paradoxe urbain.
Comment une ville qui occupe une place aussi importante dans l’économie nationale peut-elle continuer à composer avec un mode de transport aussi peu adapté aux exigences d’une circulation urbaine moderne ?
La question mérite d’être posée. Les charrettes à traction animale peuvent encore représenter un moyen de subsistance pour des ménages modestes. Cependant, leur présence dans les rues fréquentées, les axes commerciaux et les zones de circulation dense soulève des difficultés que les autorités locales ne peuvent ignorer.
La cohabitation entre ces véhicules, les voitures, les motos, les vélos et les piétons peut compliquer la circulation, particulièrement aux heures de pointe. Leur vitesse limitée, leurs déplacements parfois imprévisibles et l’absence de dispositifs de sécurité adaptés sont susceptibles d’accroître les risques d’accident.
À ces difficultés s’ajoutent les questions de propreté. Les déjections animales peuvent salir les chaussées et les espaces publics, tandis que l’absence de dispositifs appropriés pour les collecter et les évacuer nuit à l’hygiène et à l’image de la ville.
Il faut également prendre en considération la protection des animaux. Les conditions de travail, la charge transportée, la durée des déplacements et l’accès à l’eau ou au repos doivent faire l’objet d’une vigilance constante.
Ces problèmes ne signifient pas que tous les propriétaires de charrettes enfreignent les règles. Ils montrent plutôt la nécessité d’une réglementation claire, de contrôles effectifs et d’une politique urbaine cohérente.

Le conseil communal a-t-il trop longtemps fermé les yeux ?
L’adoption de cette mesure soulève une interrogation politique incontournable : pourquoi faut-il attendre que les difficultés deviennent suffisamment visibles pour engager une action concrète ?
La circulation des charrettes à traction animale dans un environnement urbain dense n’est pas un phénomène nouveau. La nécessité d’organiser la circulation, de protéger les usagers de la route, de préserver la propreté et de veiller au bien-être animal relève des responsabilités ordinaires des autorités locales.
Dès lors, le conseil communal doit expliquer pourquoi une solution globale n’a pas été mise en place plus tôt, si les nuisances évoquées sont établies et si l’interdiction est effectivement nécessaire dans les conditions actuelles.
La critique ne consiste pas à opposer systématiquement les exigences de modernisation aux intérêts des populations défavorisées. Elle porte plutôt sur la capacité des élus à anticiper les problèmes au lieu de se contenter de réagir lorsqu’ils deviennent difficiles à ignorer.
Une gestion municipale efficace suppose de prévoir les transformations nécessaires, de consulter les personnes concernées et de préparer des alternatives avant d’imposer une interdiction.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de supprimer les charrettes des rues de Khouribga, mais de comprendre pourquoi la municipalité n’a pas engagé plus tôt une réflexion approfondie sur leur place dans la ville.

100 000 dirhams : une aide nécessaire, mais à quelles conditions ?
L’enveloppe de 100 000 dirhams approuvée par le conseil communal constitue un premier geste en faveur des propriétaires concernés. Toutefois, son efficacité dépendra des modalités d’attribution, du nombre de bénéficiaires et de la nature des solutions proposées. À ce stade, les critères précis d’éligibilité doivent encore être définis en coordination avec les autorités locales.
Plusieurs questions restent donc en suspens. Combien de propriétaires pourront bénéficier de cette aide ? Quel montant sera accordé à chaque personne ? S’agira-t-il d’une indemnisation ponctuelle ou d’un financement destiné à lancer une nouvelle activité professionnelle ? Les familles concernées bénéficieront-elles d’un accompagnement administratif et économique ?
Sans réponses précises à ces interrogations, les 100 000 dirhams risquent de rester une mesure limitée face aux difficultés de reconversion des personnes qui vivent de cette activité. La municipalité doit également garantir la transparence du dispositif afin que les fonds publics profitent réellement aux personnes qui remplissent les conditions fixées.
Il serait regrettable qu’une mesure présentée comme sociale se limite à une annonce sans programme concret de réinsertion professionnelle.

Moderniser Khouribga sans abandonner les plus modestes.
L’interdiction des charrettes à traction animale ne peut être considérée comme une réussite si elle améliore l’apparence des rues tout en privant des familles de leur unique source de revenus.
La municipalité devrait envisager un véritable programme d’accompagnement comprenant, selon les besoins et les possibilités de financement, des formations professionnelles, des aides à la création de petites activités commerciales ou artisanales, ainsi qu’un soutien à l’acquisition de moyens de transport adaptés et autorisés. Les bénéficiaires devraient être associés à la définition de ces solutions. Une concertation sérieuse permettrait de mieux identifier leurs compétences, leurs besoins et les activités susceptibles de leur assurer des revenus durables.
Parallèlement, les autorités doivent définir un calendrier d’application de l’interdiction, communiquer clairement sur les nouvelles règles et veiller à leur mise en œuvre dans des conditions équitables.
La réussite d’une telle politique se mesurera à deux résultats : une amélioration réelle de la circulation, de la propreté et de la sécurité, mais aussi la capacité des personnes concernées à poursuivre une activité économique dans des conditions dignes.

Des comptes à rendre aux habitants.
À Khouribga, la question des charrettes à traction animale dépasse désormais le simple problème de circulation. Elle renvoie à la conception que les responsables municipaux se font de leur mission : administrer les difficultés au jour le jour ou anticiper les transformations nécessaires à une ville qui aspire à davantage de modernité.
Les habitants sont en droit d’attendre des rues plus propres, une circulation mieux organisée et une meilleure protection des usagers. Les propriétaires de charrettes, eux, sont en droit d’attendre des pouvoirs publics une transition préparée, transparente et socialement responsable. Le conseil communal ne peut donc se contenter de voter une enveloppe financière et de considérer le dossier comme réglé. Il doit rendre compte de l’utilisation des fonds, des résultats obtenus et des solutions proposées aux personnes concernées.
Khouribga mérite mieux qu’une modernisation annoncée dans l’urgence. Elle a besoin d’une politique municipale anticipatrice, capable de concilier la qualité de vie des habitants, le respect des animaux et la protection des moyens de subsistance des familles modestes. Car une ville moderne ne se mesure pas uniquement à ce qu’elle décide d’interdire, mais aussi à sa capacité à préparer l’avenir et à ne laisser personne au bord du chemin.

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