
Chouaib.S
À l’approche des élections législatives du 23 septembre, les pratiques de corruption électorale semblent trouver dans les réseaux sociaux un nouveau terrain d’expression. Selon des témoignages et des contenus circulant en ligne, certains individus profiteraient de l’anonymat de faux comptes pour proposer ouvertement de l’argent en échange d’un soutien électoral.
Dans plusieurs villes, des publications feraient ainsi état de sommes allant de 200 à 500 dirhams, avec des appels adressés aux électeurs supposément concernés à laisser leurs coordonnées afin d’être contactés. Si ces pratiques sont avérées, elles constitueraient une atteinte grave aux règles encadrant le scrutin et à la liberté du choix électoral.
Le vieux « marché des voix » change de visage.
L’achat des voix n’est évidemment pas une invention de l’ère numérique. Depuis des décennies, cette pratique condamnable a pu prendre différentes formes : argent liquide, cadeaux, promesses de services ou interventions auprès des électeurs. Mais les réseaux sociaux lui offrent aujourd’hui de nouveaux outils : faux profils, groupes privés, messageries instantanées et publications rapidement diffusables.
Autrement dit, le traditionnel porte-à-porte et le bouche-à-oreille peuvent désormais être relayés par des méthodes numériques beaucoup plus difficiles à identifier à première vue. L’enjeu pour les autorités est donc double : prévenir ces pratiques et remonter jusqu’à leurs véritables commanditaires. L’anonymat affiché derrière un compte fictif ne garantit pas nécessairement l’impunité. Les investigations numériques et la traçabilité des communications peuvent, lorsqu’elles sont engagées dans le cadre légal, contribuer à identifier les auteurs et les éventuels réseaux organisés derrière ces opérations.
La crédibilité du scrutin en jeu. Au-delà des montants évoqués, c’est la crédibilité même du processus électoral qui est en question. Une élection ne peut conserver sa légitimité démocratique que si le vote reste libre et si les électeurs ne sont ni achetés, ni intimidés, ni soumis à des pressions.
La lutte contre l’achat des voix ne peut donc se limiter à des interventions ponctuelles le jour du scrutin. Elle suppose une surveillance en amont, une réaction rapide aux signalements et, surtout, l’application effective des dispositions légales lorsque des infractions sont établies.
À quelques jours du scrutin, la multiplication de telles accusations constitue en tout cas un sérieux avertissement. Les autorités compétentes devront démontrer que les réseaux sociaux ne peuvent devenir une nouvelle zone de non-droit électoral et que l’argent ne peut se substituer au libre choix des électeurs. Car derrière chaque billet distribué pour obtenir un vote, c’est bien plus qu’une somme d’argent qui circule : c’est la confiance dans l’élection qui risque d’être mise à prix.




