Carburants au Maroc : le lobby pétrolier fait la pluie et le beau temps, les citoyens paient l’addition

منذ 5 ساعات
Carburants au Maroc : le lobby pétrolier fait la pluie et le beau temps, les citoyens paient l’addition

Chouaib.S
À force de hausses successives, la pompe à carburant ressemble de plus en plus à une véritable machine à vider les portefeuilles des Marocains. Le gasoil flirte désormais avec la barre symbolique des 15 dirhams le litre, rejoignant presque le prix de l’essence. Pour les automobilistes, les chauffeurs professionnels, les transporteurs et les ménages déjà étranglés par la cherté de la vie, la facture devient tout simplement insupportable.
Depuis dimanche soir, le prix du gasoil a encore augmenté de 65 centimes, pour atteindre environ 14,95 DH le litre, tandis que l’essence a, paradoxalement, baissé de 30 centimes pour s’établir autour de 14,94 DH. Une situation particulièrement révélatrice : le diesel, traditionnellement moins cher que l’essence, coûte désormais pratiquement le même prix. Et cette nouvelle flambée n’est pas un accident isolé. Elle constitue la troisième hausse consécutive du gasoil depuis la mi-juillet. Début août déjà, les consommateurs avaient dû absorber une augmentation d’environ un dirham par litre.
Jusqu’où les citoyens devront-ils encore payer ?
Bien entendu, le marché international du pétrole connaît des tensions et le prix du Brent évolue à des niveaux élevés. Mais invoquer systématiquement les fluctuations internationales ne peut plus constituer une réponse suffisante. Le Maroc importe essentiellement des produits pétroliers raffinés et leurs prix dépendent de plusieurs paramètres : cours internationaux des produits raffinés, transport, assurance, fiscalité, coûts logistiques et marges des différents intervenants. Cette réalité économique mérite d’être expliquée. Mais elle soulève surtout une exigence incontournable : la transparence. Depuis la libéralisation des prix des carburants, une question demeure lancinante : comment se décompose exactement le prix payé à la station-service ? Quelle part correspond au coût d’achat du carburant ? Quelle part revient aux taxes ? Quels sont les coûts de transport et de distribution ? Et surtout, quelles marges réalisent les différents opérateurs de la chaîne ?
Les citoyens ont le droit d’obtenir des réponses claires, précises et vérifiables.
Car le carburant n’est pas une marchandise ordinaire. Le gasoil fait fonctionner les camions, les autocars, les taxis, les machines agricoles et une grande partie du parc automobile. Chaque augmentation se répercute donc en cascade sur l’ensemble de l’économie : transport des marchandises, prix des fruits et légumes, déplacements professionnels, services et, au bout de la chaîne, panier de la ménagère.
Autrement dit, lorsque le prix du diesel augmente, ce n’est pas seulement l’automobiliste qui paie. C’est toute la population qui finit par régler la facture.
Le plus préoccupant est peut-être le sentiment d’impuissance qui s’installe chez les consommateurs. Le prix monte, puis redescend parfois légèrement, avant de repartir à la hausse. Le marché semble ainsi faire le chaud et le froid, tandis que le citoyen, lui, n’a pratiquement aucun moyen d’agir. Il subit et paie.
Cette situation nourrit forcément les interrogations sur le poids du lobby pétrolier, sur la concentration du marché et sur l’efficacité de la concurrence. Il ne s’agit pas d’accuser sans preuves tel ou tel opérateur, mais de rappeler un principe élémentaire : dans un secteur aussi stratégique, les pouvoirs publics doivent garantir une concurrence réelle, une information transparente et une protection effective du consommateur.
À quelques semaines de la rentrée scolaire, la pilule est d’autant plus difficile à avaler. Les familles doivent déjà faire face aux fournitures scolaires, aux frais de transport, aux dépenses quotidiennes et à une inflation qui pèse lourdement sur les budgets.
À près de 15 DH le litre, demander aux Marocains de se contenter d’invoquer les «      marchés internationaux » ne suffit plus.  Il faut ouvrir les livres, publier les chiffres et expliquer, dirham par dirham, comment se forme le prix à la pompe.
La transparence ne fera certes pas baisser le cours du pétrole. Mais elle permettrait au moins d’empêcher que les citoyens aient le sentiment d’être condamnés à payer sans jamais comprendre qui gagne, qui fixe les prix et qui supporte réellement la facture.
Car dans cette équation, une chose est certaine : le lobby pétrolier peut faire le chaud et le froid ; le citoyen, lui, n’a d’autre choix que de passer à la caisse.

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