
Chouaib.s
Abdelilah Benkirane semble avoir définitivement renoué avec son vieux fonds de commerce politique : les déclarations tonitruantes, les formules provocatrices et les références religieuses destinées à séduire un électorat que son parti entend reconquérir à l’approche des prochaines échéances électorales.
Dans sa dernière sortie, le secrétaire général du PJD affirme avoir demandé « des explications au Roi » au sujet des événements de Ceuta. Une déclaration pour le moins surprenante, tant par sa formulation que par la fonction qu’il a exercée autrefois à la tête du gouvernement. Que cherche exactement l’ancien chef de l’Exécutif à démontrer ? Son influence ? Sa proximité avec les cercles du pouvoir ? Ou simplement à attirer à nouveau les projecteurs sur une formation politique en difficulté ?
À force de multiplier les déclarations spectaculaires, Benkirane donne surtout l’impression d’un responsable politique qui cherche désespérément à retrouver une place centrale dans le débat public. Le ton est volontiers théâtral, les références religieuses omniprésentes et la posture de « défenseur du peuple » régulièrement brandie comme argument électoral.
Mais les Marocains ont-ils oublié les années durant lesquelles Benkirane et son parti étaient aux commandes ? Car au-delà des discours et des sermons politiques, il reste un bilan que l’on peut légitimement discuter : la réforme de la Caisse de compensation, la libéralisation progressive des prix, les réformes ayant touché les retraites, les choix budgétaires concernant l’éducation et la santé, ainsi que plusieurs décisions économiques et sociales dont les conséquences ont pesé sur le pouvoir d’achat des citoyens.
L’ancien chef du gouvernement ne peut donc pas réclamer aujourd’hui le statut d’observateur innocent des difficultés que vivent les Marocains. Lorsqu’on a exercé les plus hautes responsabilités gouvernementales, on doit aussi accepter que ses décisions soient évaluées, critiquées et confrontées à leurs conséquences.
Le plus étonnant est peut-être de voir cet ancien responsable revenir périodiquement sur le devant de la scène avec des déclarations qui donnent davantage l’impression d’un prêche électoral que d’une véritable analyse politique. La religion devient alors un formidable instrument de mobilisation émotionnelle : on parle au croyant avant de parler au citoyen, on sollicite la foi avant de présenter un programme, et l’indignation remplace trop souvent le bilan.
Cette stratégie peut-elle encore fonctionner ? Les électeurs marocains ne sont certainement plus aussi faciles à impressionner. Ils savent comparer les promesses aux réalisations et les discours aux conséquences concrètes des politiques publiques.
Quant aux avantages matériels dont bénéficient les anciens responsables politiques, la question mérite également d’être posée avec sérieux et sans procès d’intention : dans un pays où une grande partie de la population peine à joindre les deux bouts, les rémunérations et avantages accordés aux anciens hauts responsables doivent-ils être accompagnés d’une obligation morale de retenue dans les déclarations publiques ? La transparence sur ces rémunérations serait certainement plus utile que les polémiques à répétition.
Benkirane devrait peut-être se souvenir qu’un ancien chef de gouvernement n’est pas un prédicateur de quartier et qu’une formation politique n’est pas une zaouïa. La politique exige des comptes, des programmes, des chiffres et surtout une capacité à assumer son propre bilan.
À force de vouloir jouer simultanément les rôles de tribun populaire, de prédicateur et de chef politique, Benkirane risque surtout de devenir prisonnier de son propre personnage.
Les Marocains n’ont pas besoin de sermons électoraux ni de déclarations fracassantes. Ils ont besoin de réponses concrètes sur l’emploi, les salaires, la santé, l’éducation, les retraites, le pouvoir d’achat et la justice sociale. Et surtout, ils ont le droit de demander à ceux qui ont gouverné hier : qu’avez-vous réellement fait lorsque vous aviez le pouvoir ?


