
Chouaib.S
À l’heure où une grande partie des Marocains peine à joindre les deux bouts, où le coût de la vie grève lourdement les budgets familiaux et où les appels à la rationalisation des dépenses publiques se multiplient, la question des avantages accordés aux responsables politiques après leur départ du gouvernement suscite une légitime indignation.
Selon les chiffres rapportés par une source bien renseignée, les membres du gouvernement sortant pourraient bénéficier de conséquentes indemnités de départ, en vertu d’un dispositif juridique datant de 1975. Celui-ci prévoirait, à la fin de leurs fonctions, une indemnité équivalant à plusieurs mois de rémunération.
D’après les montants avancés, le chef du gouvernement, dont le salaire mensuel brut est présenté comme étant de 70.000 dirhams, pourrait ainsi percevoir une indemnité avoisinant 700.000 dirhams. Pour les ministres, sur la base d’une rémunération mensuelle annoncée à 58.000 dirhams, l’indemnité atteindrait environ 580.000 dirhams par personne.
Au total, la facture annoncée dépasserait 1,5 milliard de centimes, soit plus de 15 millions de dirhams. Une somme considérable lorsqu’on la met en perspective avec les difficultés sociales auxquelles sont confrontées de nombreuses familles marocaines.
Une question de justice sociale.
Le véritable problème n’est pas seulement celui du montant des indemnités. Il concerne surtout la philosophie d’un système qui semble réserver aux responsables politiques des protections financières particulièrement généreuses, alors que les citoyens ordinaires doivent, eux, composer avec la hausse des prix, la précarité de l’emploi, la faiblesse des revenus et des pensions souvent insuffisantes.
Comment demander aux citoyens de se serrer la ceinture, de supporter l’augmentation du coût de la vie et d’accepter les restrictions budgétaires lorsque, dans le même temps, le départ de hauts responsables peut donner lieu à des indemnités se chiffrant en centaines de milliers de dirhams ?
La question mérite d’être posée sans détour : l’argent public doit-il servir à garantir des privilèges à ceux qui ont exercé des responsabilités politiques, ou doit-il prioritairement répondre aux besoins de la collectivité ?
Des textes anciens face aux réalités d’aujourd’hui.
Le recours à des dispositions datant des années 1970 interpelle également. Une législation ancienne peut-elle encore être considérée comme adaptée aux exigences actuelles de transparence, de bonne gouvernance et de justice sociale ?
Il ne s’agit pas nécessairement de remettre en cause le principe d’une indemnisation encadrée des responsables publics. Mais celle-ci devrait être proportionnée, transparente, justifiée et compatible avec les contraintes économiques du pays.
Dans une démocratie moderne, les privilèges accordés aux gouvernants ne devraient jamais être considérés comme acquis. Ils doivent pouvoir être discutés publiquement, contrôlés par les institutions et évalués à l’aune de l’intérêt général.
Le scandale n’est pas seulement financier, il est moral.
Le plus préoccupant est peut-être le sentiment d’injustice que de telles annonces peuvent provoquer dans l’opinion publique. Lorsque des millions de dirhams sont mobilisés pour accompagner le départ de responsables politiques, pendant que des citoyens attendent des emplois, des soins accessibles, une école publique performante ou simplement un revenu leur permettant de vivre dignement, le fossé entre gouvernants et gouvernés risque de se creuser davantage.
La politique ne peut devenir une carrière où les responsabilités publiques s’accompagnent automatiquement d’une accumulation d’avantages financiers. Le mandat politique devrait avant tout être un service de l’État et de la collectivité, et non une occasion de bénéficier durablement de la générosité du budget public.
Au-delà des chiffres, c’est donc la question de la moralisation de la vie publique qui est posée. Chaque dirham dépensé par l’État doit pouvoir être justifié devant les citoyens.
Et lorsque des sommes considérables sont consacrées aux avantages de responsables ayant exercé temporairement le pouvoir, une question fondamentale s’impose : où s’arrête la juste compensation d’une fonction publique et où commence le privilège politique ?
Dans un pays confronté à d’importants défis sociaux et économiques, cette question ne devrait plus être taboue.
À l’heure où une grande partie des Marocains peine à joindre les deux bouts, où le coût de la vie grève lourdement les budgets familiaux et où les appels à la rationalisation des dépenses publiques se multiplient, la question des avantages accordés aux responsables politiques après leur départ du gouvernement suscite une légitime indignation.
Selon les chiffres rapportés par une source bien renseignée, les membres du gouvernement sortant pourraient bénéficier de conséquentes indemnités de départ, en vertu d’un dispositif juridique datant de 1975. Celui-ci prévoirait, à la fin de leurs fonctions, une indemnité équivalant à plusieurs mois de rémunération.
D’après les montants avancés, le chef du gouvernement, dont le salaire mensuel brut est présenté comme étant de 70.000 dirhams, pourrait ainsi percevoir une indemnité avoisinant 700.000 dirhams. Pour les ministres, sur la base d’une rémunération mensuelle annoncée à 58.000 dirhams, l’indemnité atteindrait environ 580.000 dirhams par personne.
Au total, la facture annoncée dépasserait 1,5 milliard de centimes, soit plus de 15 millions de dirhams. Une somme considérable lorsqu’on la met en perspective avec les difficultés sociales auxquelles sont confrontées de nombreuses familles marocaines.
Une question de justice sociale.
Le véritable problème n’est pas seulement celui du montant des indemnités. Il concerne surtout la philosophie d’un système qui semble réserver aux responsables politiques des protections financières particulièrement généreuses, alors que les citoyens ordinaires doivent, eux, composer avec la hausse des prix, la précarité de l’emploi, la faiblesse des revenus et des pensions souvent insuffisantes.
Comment demander aux citoyens de se serrer la ceinture, de supporter l’augmentation du coût de la vie et d’accepter les restrictions budgétaires lorsque, dans le même temps, le départ de hauts responsables peut donner lieu à des indemnités se chiffrant en centaines de milliers de dirhams ?
La question mérite d’être posée sans détour : l’argent public doit-il servir à garantir des privilèges à ceux qui ont exercé des responsabilités politiques, ou doit-il prioritairement répondre aux besoins de la collectivité ?
Des textes anciens face aux réalités d’aujourd’hui.
Le recours à des dispositions datant des années 1970 interpelle également. Une législation ancienne peut-elle encore être considérée comme adaptée aux exigences actuelles de transparence, de bonne gouvernance et de justice sociale ?
Il ne s’agit pas nécessairement de remettre en cause le principe d’une indemnisation encadrée des responsables publics. Mais celle-ci devrait être proportionnée, transparente, justifiée et compatible avec les contraintes économiques du pays.
Dans une démocratie moderne, les privilèges accordés aux gouvernants ne devraient jamais être considérés comme acquis. Ils doivent pouvoir être discutés publiquement, contrôlés par les institutions et évalués à l’aune de l’intérêt général.
Le scandale n’est pas seulement financier, il est moral.
Le plus préoccupant est peut-être le sentiment d’injustice que de telles annonces peuvent provoquer dans l’opinion publique. Lorsque des millions de dirhams sont mobilisés pour accompagner le départ de responsables politiques, pendant que des citoyens attendent des emplois, des soins accessibles, une école publique performante ou simplement un revenu leur permettant de vivre dignement, le fossé entre gouvernants et gouvernés risque de se creuser davantage.
La politique ne peut devenir une carrière où les responsabilités publiques s’accompagnent automatiquement d’une accumulation d’avantages financiers. Le mandat politique devrait avant tout être un service de l’État et de la collectivité, et non une occasion de bénéficier durablement de la générosité du budget public.
Au-delà des chiffres, c’est donc la question de la moralisation de la vie publique qui est posée. Chaque dirham dépensé par l’État doit pouvoir être justifié devant les citoyens.
Et lorsque des sommes considérables sont consacrées aux avantages de responsables ayant exercé temporairement le pouvoir, une question fondamentale s’impose : où s’arrête la juste compensation d’une fonction publique et où commence le privilège politique ?
Dans un pays confronté à d’importants défis sociaux et économiques, cette question ne devrait plus être taboue.




