Élections marocaines : le vrai défi n’est-il pas de sortir du règne des mêmes visages

منذ ساعتين
Élections marocaines : le vrai défi n’est-il pas de sortir du règne des mêmes visages

Chouaib.Sl
À l’approche des élections législatives du 23 septembre, le débat ne devrait pas se limiter aux risques de désinformation ou aux éventuelles manipulations de l’opinion publique. Il devrait surtout porter sur une question fondamentale : ces élections permettront-elles réellement de renouveler la classe politique et de restaurer la confiance des citoyens dans les urnes ?
Car le danger qui menace le processus démocratique ne vient pas nécessairement de l’étranger ou des réseaux sociaux. Il peut aussi se trouver au cœur même du système électoral, à travers l’argent, le clientélisme, les réseaux d’influence et l’achat de voix ou de loyautés politiques.
À chaque échéance électorale, les Marocains voient souvent réapparaître les mêmes figures, les mêmes promesses et les mêmes méthodes. Des fortunes considérables sont mobilisées pour conquérir des sièges, tandis que des citoyens confrontés à la précarité peuvent être tentés par quelques centaines de dirhams, des promesses d’emploi, des faveurs administratives ou des services ponctuels. Ce phénomène, lorsqu’il existe, constitue une véritable perversion du choix démocratique : le bulletin de vote cesse alors d’être l’expression libre d’une conviction pour devenir une marchandise. Il serait toutefois injuste de présenter les électeurs pauvres comme les responsables de cette situation. La pauvreté, l’analphabétisme politique ou le manque d’information ne justifient pas la corruption électorale ; ils constituent au contraire le terrain sur lequel prospèrent les pratiques clientélistes. La responsabilité première incombe à ceux qui disposent des moyens financiers et des réseaux nécessaires pour transformer l’argent en influence politique.
Dans ces conditions, peut-on réellement parler d’alternance lorsque les mécanismes qui permettent aux mêmes élites économiques et politiques de conserver leur influence restent largement inchangés ?
Le renouvellement de la classe politique constitue donc l’un des véritables enjeux de ce scrutin. L’arrivée de jeunes candidats, de nouveaux profils, de femmes et de personnalités issues de la société civile pourrait apporter un souffle nouveau au Parlement. Mais encore faut-il que ces candidats disposent d’une réelle égalité des chances et qu’ils puissent mener campagne sans être écrasés par les puissances financières et les réseaux traditionnels.
Quant au boycott, souvent présenté comme l’arme ultime des citoyens désabusés, la question mérite d’être posée sans tabou : l’abstention massive peut-elle réellement sanctionner les oligarchies politiques ou risque-t-elle, au contraire, de leur laisser le terrain libre ?
Le boycott peut exprimer une profonde défiance et constituer un signal politique puissant. Mais il comporte aussi un paradoxe : en désertant les urnes, les citoyens mécontents risquent de laisser les électeurs les plus mobilisés , et parfois les réseaux clientélistes les mieux organisés ,décider à leur place. La véritable efficacité d’un boycott dépend donc de sa capacité à produire une mobilisation politique et citoyenne durable, et non d’une simple absence devant les bureaux de vote.
Le véritable combat démocratique ne consiste pas seulement à empêcher les fausses informations de circuler. Il consiste également à combattre l’achat des consciences, le clientélisme, l’utilisation abusive de l’argent et toutes les pratiques qui transforment l’élection en marché de voix.
Les autorités ont certes le devoir de lutter contre les campagnes de désinformation, qu’elles proviennent de l’étranger ou de l’intérieur du pays. Mais cette vigilance doit impérativement s’accompagner d’une protection de la liberté d’expression et du débat politique. Critiquer les élections, appeler à l’abstention ou dénoncer les pratiques des partis ne constitue pas, en soi, une manipulation. Dans une démocratie, le citoyen doit pouvoir soutenir, critiquer, voter blanc lorsqu’il y a lieu ou même refuser de participer, sans être automatiquement présenté comme victime d’une influence étrangère.
Au fond, le véritable danger pour la démocratie n’est peut-être pas seulement celui qui pousse les citoyens à ne pas voter. C’est aussi celui qui leur donne le sentiment que voter ou ne pas voter ne changera rien, parce que les mêmes visages, les mêmes fortunes et les mêmes réseaux finiront toujours par reprendre les commandes.
Le 23 septembre ne devrait donc pas être simplement une nouvelle journée électorale. Il devrait être l’occasion de mesurer la capacité du Maroc à rompre avec les pratiques qui ont progressivement vidé le vote de sa substance.
Une démocratie ne se résume pas à déposer un bulletin dans une urne. Elle suppose que chaque bulletin ait la même valeur, que chaque candidat dispose d’une chance réelle et que la conscience de chaque électeur reste hors de portée de l’argent.
C’est à cette condition seulement que le renouvellement politique cessera d’être un slogan et pourra devenir une réalité.
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