
Sous l’impulsion des États-Unis, une nouvelle séquence diplomatique s’est ouverte autour du dossier du Sahara marocain, réunissant le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario. Au cœur des discussions : une version actualisée du plan d’autonomie proposé par Rabat , et, en creux, l’abandon progressif de l’option d’un référendum d’autodétermination longtemps brandie comme horizon indépassable.
Réunis début février sous médiation américaine, les protagonistes ont acté un changement de paradigme. Comme le souligne l’analyse de Jeune Afrique, le cadre des échanges ne porte plus sur l’alternative indépendance ou intégration, mais bien sur les modalités d’une autonomie sous souveraineté marocaine. Cette orientation s’inscrit dans la dynamique de la résolution 2797 des Nations Unies adoptée en octobre dernier, qui privilégie une solution politique « réaliste, pragmatique et durable ».
Un projet d’autonomie aux équilibres sensibles
Le plan marocain repose sur une architecture institutionnelle articulée autour d’un partage des compétences : à la région, la gestion pleine des affaires locales (développement économique, culture, aménagement du territoire) ; à l’État central, les prérogatives régaliennes (défense, diplomatie, monnaie). Le texte prévoit la création d’une assemblée régionale élue, ainsi qu’un exécutif local.
Un volet de réconciliation figure également dans la proposition : amnistie des dirigeants du Polisario, mécanisme de retour encadré des populations réfugiées dans les camps de Tindouf, et dispositifs d’intégration économique et sociale. Rabat entend ainsi présenter son offre comme une solution globale, mêlant gouvernance, sécurité et réconciliation.
Les lignes rouges d’Alger et du Polisario
Malgré ce rapprochement inédit, les divergences demeurent profondes. L’Algérie et le Polisario contestent notamment la désignation du chef de l’exécutif régional, que le projet prévoit nommé par le roi du Maroc, préférant un processus strictement électif. Autre point de friction : la définition du corps électoral appelé à valider l’accord. Rabat défend un vote impliquant l’ensemble des électeurs marocains, tandis qu’Alger réclame un scrutin limité aux seuls Sahraouis.
Ces désaccords traduisent un enjeu central : comment concilier reconnaissance d’une souveraineté marocaine et préservation d’une légitimité politique propre pour les représentants sahraouis ?
Un tournant stratégique pour Alger
Au-delà des aspects techniques, c’est surtout la portée politique de cette évolution qui interroge. En acceptant de discuter sur la base du plan marocain, Alger et le Polisario opèrent un virage stratégique majeur. Sous la pression diplomatique de Washington, ils semblent avoir admis que l’option référendaire, longtemps érigée en principe intangible, appartient désormais davantage au registre symbolique qu’au champ des possibles.
Pour les autorités algériennes, l’équation est délicate. Comment expliquer à l’opinion publique nationale , nourrie pendant des décennies d’un discours centré sur l’autodétermination , qu’un compromis autour d’une autonomie sous souveraineté marocaine puisse constituer une issue acceptable ? Comment transformer un apparent recul doctrinal en victoire diplomatique ?
Alger pourrait invoquer le réalisme géopolitique, la nécessité de préserver la stabilité régionale et l’intérêt stratégique de rompre son isolement sur la scène internationale. Mais le défi narratif demeure immense : il s’agit de redéfinir une ligne politique sans apparaître en contradiction avec les positions historiques défendues avec constance.
Vers un accord-cadre d’ici mai ?
Les médiateurs américains ambitionnent désormais d’aboutir, lors des prochaines sessions, à la signature d’un accord-cadre politique avant le mois de mai. Si cet objectif se concrétise, il marquerait l’entrée du dossier saharien dans une phase post-référendaire assumée , où la question ne serait plus « indépendance ou non », mais « quelle autonomie et sous quelles garanties ? ».
Reste à savoir si les opinions publiques, de part et d’autre, seront prêtes à accompagner ce tournant diplomatique majeur.



