
Chouaib.S
L’affaire qui secoue Kariat Ba Mohamed, dans la province de Taounate, continue de soulever une vague d’indignation et de questions sans réponses. Plus de deux mois après l’éclatement d’un présumé réseau d’exploitation et de traite de mineures, les zones d’ombre demeurent nombreuses, tandis que le silence des autorités nourrit les soupçons d’une partie de l’opinion publique.
Tout est parti de la découverte de deux adolescentes enceintes, pensionnaires d’une Dar Attaliba, ces structures censées protéger et héberger les jeunes filles issues du monde rural afin de leur permettre de poursuivre leur scolarité dans des conditions dignes et sécurisées. Ce qui devait être un sanctuaire de protection se serait transformé, selon les éléments de l’enquête, en terrain de prédation pour des individus sans scrupules.
Les investigations ont révélé l’existence présumée d’une rabatteuse qui aurait recruté plusieurs jeunes filles vulnérables. Des échanges retrouvés sur les téléphones des victimes auraient conduit les enquêteurs vers des pistes impliquant diverses personnes, parmi lesquelles figureraient des fonctionnaires et des élus locaux. Des accusations d’une extrême gravité qui, si elles étaient confirmées, révéleraient un système d’exploitation organisé profitant de la fragilité de mineures placées sous protection.
Pourtant, malgré l’émotion suscitée par cette affaire, aucune communication officielle détaillée ne vient éclairer l’opinion publique. Ce mutisme prolongé alimente les interrogations : assiste-t-on à une enquête minutieuse menée dans la discrétion nécessaire à la protection des victimes ou à une tentative de gagner du temps jusqu’à ce que l’affaire tombe dans l’oubli ?
De nombreux citoyens s’inquiètent de voir ce dossier suivre le chemin de tant d’autres scandales qui ont défrayé la chronique avant de disparaître progressivement des radars médiatiques. Lorsque des personnalités influentes sont citées, même indirectement, la crainte d’un traitement à géométrie variable de la justice réapparaît inévitablement dans le débat public.
Les associations de défense des droits des femmes et des enfants réclament que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Elles rappellent que la priorité absolue demeure la protection des victimes, leur accompagnement psychologique et la préservation de leur dignité. Mais elles insistent également sur un principe fondamental : aucune fonction, aucun mandat électif, aucune influence administrative ne doit constituer un bouclier contre la justice.
Car au-delà des individus éventuellement impliqués, c’est la crédibilité des institutions qui est en jeu. Si les faits sont avérés, les responsables devront répondre de leurs actes sans privilège ni passe-droit. Si les accusations sont infondées, la vérité devra également être établie rapidement afin de mettre fin aux rumeurs.
Une chose est certaine : les habitants de Kariat Ba Mohamed, comme l’ensemble des Marocains attachés à l’État de droit, attendent des réponses. Dans une affaire aussi grave, le silence n’est jamais neutre. Plus il se prolonge, plus il nourrit la suspicion. Et lorsque des mineures sont au cœur du scandale, l’oubli ne peut en aucun cas tenir lieu de justice.




