
Chouaib Sahnoun
L’Inspection générale des finances (IGF) a levé le voile sur un vaste système de gaspillage organisé au sein de plusieurs établissements publics marocains. Treize organismes et entreprises publiques viennent d’être épinglés pour avoir englouti des budgets colossaux dans des contrats d’études et de conseil dont l’utilité réelle demeure introuvable. À travers ses audits, l’IGF met en lumière un mélange explosif de plagiat, favoritisme, duplications inutiles et connexions douteuses entre décideurs publics et bureaux d’études protégés.
Selon les premiers éléments révélés, ces audits portent sur des contrats d’expertise signés avec des cabinets marocains et étrangers pour des montants faramineux… sans justification tangible. Dans certains cas, des missions identiques ont été répétées à quelques années d’intervalle, sans que les conclusions n’apportent de valeur ajoutée. Pire encore : certains cabinets semblent jouir d’un monopole de fait, raflant les contrats dans plusieurs établissements publics, parfois cinq à la fois, comme si les appels d’offres leur étaient taillés sur mesure.
Des sources proches du dossier, parlent même de «contrats fictifs », ayant englouti des milliards de dirhams du budget de l’État. Les inspecteurs évoquent des soupçons de collusion, voire d’ententes directes, entre certains responsables publics et des bureaux d’études privilégiés. Le système fonctionnerait comme un circuit fermé, où les mêmes cabinets, les mêmes réseaux et parfois les mêmes décideurs se retrouvent autour d’intérêts croisés.
Plus grave encore, de nombreuses études analysées par l’IGF se révèlent être de vulgaires copier-coller de travaux universitaires, parfois vieux de plusieurs années, puis revendus à prix d’or à l’administration. Un plagiat assumé, réalisé en violation flagrante des règles de la propriété intellectuelle. Les inspecteurs déplorent aussi l’absence totale d’une base de données nationale recensant les études déjà commandées, ouvrant la porte à une répétition injustifiable de travaux identiques.
Certaines études, hallucinant mais vrai, ont même été livrées après l’expiration des projets qu’elles étaient censées accompagner, rendant leur contenu obsolète et leur financement purement inutile. De quoi renforcer les soupçons d’opérations maquillées pour justifier la sortie de fonds publics.
Les ramifications de cette affaire dépassent largement les administrations épinglées : l’enquête s’est étendue à des parlementaires et anciens ministres, qui, lorsqu’ils dirigeaient des établissements publics ou des communes, ont eux-mêmes eu recours aux mêmes bureaux d’études aujourd’hui mis en cause.
Pourtant, l’avertissement du gouvernement était clair. Une circulaire de la primature avait appelé à rationaliser les dépenses, à privilégier les compétences internes et à soumettre toute commande d’étude à une autorisation préalable. Des instructions restées lettre morte, contournées ou ignorées par ceux qui préfèrent alimenter un réseau opaque où l’expertise n’est qu’un prétexte à la dilapidation des deniers publics.
Ce nouveau scandale révèle une réalité inquiétante : le gaspillage institutionnalisé prospère encore dans certains pans de l’administration, et l’argent public continue de s’évaporer dans des études inutiles, redondantes ou carrément fictives. Reste à savoir si ces révélations entraîneront des sanctions… ou si l’impunité continuera de couvrir ce qui ressemble de plus en plus à un système bien rodé.




