Cinq millions de Marocains n’ont toujours pas les moyens de bien manger

منذ 4 ساعات
Cinq millions de Marocains n’ont toujours pas les moyens de bien manger

Par Chouaib.S
Malgré une légère amélioration de l’accessibilité, le coût d’une alimentation saine poursuit sa progression. En 2025, près de 4,8 millions de Marocains, soit 12,4 % de la population, ne disposaient toujours pas des ressources nécessaires pour s’offrir quotidiennement une alimentation équilibrée, selon le rapport L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026, publié par la FAO et ses partenaires.
Le constat est préoccupant : manger sainement coûte de plus en plus cher au Maroc. En 2025, le coût minimal d’une alimentation répondant aux besoins nutritionnels était estimé à 3,64 dollars par personne et par jour en parité de pouvoir d’achat (PPA). Un montant en constante progression ces dernières années : 2,76 dollars en 2021, 3,11 dollars en 2022, 3,45 dollars en 2023 et 3,54 dollars en 2024.
En l’espace de quatre ans, le coût théorique d’un régime alimentaire sain a ainsi augmenté de près d’un tiers. Cette évolution illustre la pression croissante exercée par le coût de la vie sur les ménages, particulièrement ceux disposant de revenus modestes.
Il convient toutefois de préciser que l’indicateur de la FAO ne correspond pas simplement à l’évolution des prix dans les marchés. Il évalue le montant minimal nécessaire pour composer chaque jour un régime alimentaire équilibré, en privilégiant les aliments disponibles localement et les moins coûteux permettant de couvrir les besoins nutritionnels.
Près de cinq millions de Marocains laissés au bord de l’assiette.
Malgré l’augmentation du coût d’une alimentation saine, la proportion de la population marocaine qui ne peut financièrement y accéder a légèrement diminué. Elle est passée de 13,9 % en 2023 à 13,1 % en 2024, puis à 12,4 % en 2025.
En chiffres absolus, cela représente toujours 4,8 millions de personnes. Elles étaient environ 5 millions en 2024 et 5,3 millions en 2023.
Le chiffre reste donc considérable. Il signifie qu’environ un Marocain sur huit ne dispose pas des moyens économiques nécessaires pour accéder régulièrement à une alimentation répondant aux recommandations nutritionnelles.
La situation a d’ailleurs connu d’importantes fluctuations au cours des dernières années. Après avoir reculé à environ 4,5 millions de personnes en 2019, le nombre de personnes concernées avait fortement augmenté en 2020, atteignant 5,3 millions. Il avait ensuite diminué à 4,6 millions en 2021 avant de repartir à la hausse en 2022 et 2023.
Le Maroc fait mieux que plusieurs voisins, mais reste loin du compte
À l’échelle de l’Afrique du Nord, le Maroc affiche un coût de référence nettement inférieur à celui de plusieurs pays voisins. En 2025, le coût moyen régional d’une alimentation saine atteignait 5,24 dollars PPA par personne et par jour, contre 3,64 dollars au Maroc.
Il s’élevait à 5,56 dollars en Algérie, 6,06 dollars en Égypte et 5,22 dollars en Tunisie.
Sur le plan de l’accessibilité financière, les écarts sont également importants. Près de 34,8 % de la population nord-africaine ne pouvait pas se permettre une alimentation saine en 2025. Le taux atteignait 38,8 % en Algérie et 38,5 % en Égypte.
Le Maroc affiche donc une situation relativement plus favorable, avec 12,4 %. Il reste néanmoins derrière la Tunisie, où cette proportion ne dépassait pas 8,6 %.
Le paradoxe marocain : manger sainement coûte plus cher, mais l’exclusion recule légèrement.
Les données de la FAO mettent en évidence un paradoxe. Entre 2021 et 2025, le coût d’une alimentation saine est passé de 2,76 à 3,64 dollars par jour, soit une progression importante. Pourtant, la proportion de Marocains incapables de financer ce régime a légèrement diminué, passant de 12,5 % à 12,4 %.
Cette amélioration demeure toutefois fragile. Derrière les pourcentages se cachent 4,8 millions de personnes confrontées à une contrainte financière qui peut directement affecter la qualité de leur alimentation.
Car lorsque les revenus sont insuffisants, les ménages sont souvent contraints d’arbitrer entre plusieurs dépenses essentielles : alimentation, logement, transport, santé, éducation ou énergie. Dans ce contexte, les produits les plus accessibles financièrement ne sont pas toujours ceux qui permettent de composer les repas les plus équilibrés.
Un défi qui dépasse la simple question des prix
La FAO rappelle que l’accès financier à une alimentation saine ne constitue qu’un des indicateurs permettant d’évaluer la sécurité alimentaire d’un pays. La sous-alimentation, la diversité alimentaire, l’insécurité alimentaire et les différentes formes de malnutrition doivent également être prises en considération.
Derrière ces 4,8 millions de Marocains se pose donc une question essentielle : comment garantir à chaque citoyen le droit de se nourrir correctement lorsque le coût d’une alimentation saine ne cesse d’augmenter ?
Le défi est désormais autant économique que social et sanitaire. Car une alimentation saine ne devrait pas devenir un privilège réservé à ceux qui ont les moyens de la payer.

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