Barik-Lakhsem : le Parlement marocain face à deux nouveaux électrons libres

منذ ساعتين
Barik-Lakhsem : le Parlement marocain face à deux nouveaux électrons libres

CHOUAIB.S
Ils ne sont pas encore installés dans l’hémicycle que leur arrivée suscite déjà curiosité et attentes. Oussama Barik à Midelt et Mustapha Lakhsem à Sefrou ne sont pas des inconnus propulsés soudainement sous les projecteurs. Ils arrivent au Parlement avec une image publique déjà construite. Reste désormais à savoir ce qu’ils en feront.
Au Maroc, la politique parlementaire souffre souvent d’un paradoxe : les députés sont élus pour représenter les citoyens, mais leurs interventions restent parfois largement inconnues du grand public. Les débats de la Chambre des représentants peuvent ainsi se dérouler loin de l’attention de ceux au nom desquels ils sont censés parler.
L’arrivée de Barik et de Lakhsem pourrait quelque peu modifier cette équation.
Barik : porter la voix des montagnes jusqu’à Rabat.
À Midelt, Oussama Barik s’est fait connaître en mettant en avant les difficultés auxquelles sont confrontées les populations des zones montagneuses. Son passage du terrain à l’institution parlementaire lui offre désormais une tribune beaucoup plus importante. Mais cette nouvelle position implique également une responsabilité supplémentaire. Montrer un problème est une chose. Obtenir une réponse du gouvernement en est une autre. Les habitants de la région voudront donc savoir si les difficultés dénoncées hier seront transformées demain en questions parlementaires, en propositions concrètes et, surtout, en engagements suivis d’effets. Une route dégradée restera dégradée malgré une vidéo très largement partagée. Un dispensaire insuffisant ne deviendra pas plus efficace grâce à une publication sur les réseaux sociaux.
C’est précisément là que le mandat de Barik sera observé.
Lakhsem : du ring à l’hémicycle.
Mustapha Lakhsem arrive, lui, avec une histoire différente. Sa notoriété s’est d’abord construite dans le sport, où il a acquis une image de combattant et de personnalité directe, avant de s’engager dans la politique locale.
Le passage du ring à l’hémicycle ne sera pourtant pas une simple transposition.
Au Parlement, les adversaires ne se combattent pas à coups de poing, mais à coups d’arguments, de questions, de dossiers et de preuves. Lakhsem devra donc démontrer que son tempérament et son franc-parler peuvent se transformer en efficacité politique. Face aux ministres, il ne suffira pas de dénoncer : il faudra obtenir des réponses, exiger des échéances et suivre les engagements.
Des députés sous surveillance permanente.
Le véritable changement pourrait cependant venir des réseaux sociaux. Une intervention parlementaire qui passait autrefois presque inaperçue peut aujourd’hui être filmée, découpée, commentée et diffusée en quelques minutes. Une phrase choc peut faire le tour du pays avant même la fin de la séance.
Barik et Lakhsem disposent déjà d’une visibilité qui pourrait amplifier considérablement leurs prises de parole. Mais cette arme fonctionne dans les deux sens.
Une intervention réussie peut renforcer leur crédibilité. Une promesse non suivie d’effet peut, à l’inverse, revenir rapidement les hanter. Le citoyen numérique n’oublie pas facilement ce qui a été promis devant une caméra.
Le Parlement va-t-il changer de ton ?
L’arrivée de personnalités disposant déjà d’une forte visibilité pourrait également mettre les autres parlementaires face à une nouvelle exigence. Les longues déclarations convenues et les interventions très institutionnelles risquent de paraître encore plus éloignées des préoccupations quotidiennes si certains nouveaux élus privilégient un langage plus direct et des dossiers très concrets.
Les ministres, eux aussi, pourraient être davantage exposés. Une question parlementaire suivie par des milliers de personnes ne disparaît pas simplement lorsque la séance est terminée. La politique parlementaire entre ainsi dans une époque où le micro de l’hémicycle rencontre celui du téléphone portable. Attention au piège de la popularité. Mais il serait dangereux de confondre visibilité et efficacité.
C’est probablement le principal test qui attend les deux nouveaux élus.
Être populaire permet d’attirer l’attention. Être député impose de transformer cette attention en travail parlementaire : questions, propositions, suivi des dossiers, contrôle de l’action gouvernementale et défense des intérêts des citoyens.
Les électeurs de Midelt et de Sefrou ne tarderont donc pas à poser la question essentielle :
Qu’avez-vous réellement obtenu ? C’est à cette question, beaucoup plus qu’au nombre de vues sur les réseaux sociaux, que Barik et Lakhsem devront répondre.
Leur entrée au Parlement peut ouvrir une nouvelle séquence politique, plus médiatique et peut-être plus proche du terrain. Mais elle peut également rappeler une vérité élémentaire : en politique, la popularité ouvre les portes ; seuls les résultats permettent de les maintenir ouvertes. Le véritable combat commence donc maintenant.
Pour Barik comme pour Lakhsem, le Parlement n’est pas un nouveau ring. C’est un lieu où chaque parole devra, tôt ou tard, être confrontée à la réalité des résultats.
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