
Chouaib.S
Le Centre cinématographique marocain (CCM) vient d’annoncer une enveloppe globale de près de 40 millions de dirhams destinée au soutien des festivals de cinéma et à la création, la rénovation et la numérisation des salles obscures. Une initiative saluée par les professionnels du secteur, mais qui relance également le débat sur l’efficacité de la politique culturelle menée en faveur du cinéma marocain.
Réunie les 21 et 23 juillet à Rabat, la Commission chargée du soutien aux festivals a retenu 40 manifestations sur 55 candidatures, pour un montant total de 26,46 millions de dirhams. Comme chaque année, le Festival international du film de Marrakech capte la plus grande part de cette enveloppe avec 12 millions de dirhams, suivi du Festival national du film de Tanger, qui reçoit 7,5 millions de dirhams.
D’autres festivals d’envergure nationale et régionale bénéficient également d’aides publiques, tandis que plusieurs manifestations locales se partageront des subventions beaucoup plus modestes, allant de 30.000 à 100.000 dirhams.
Parallèlement, le CCM consacrera près de 13 millions de dirhams à la création de nouvelles salles, à la rénovation d’établissements historiques et à la numérisation de complexes cinématographiques, notamment à Casablanca, Tanger et Rabat.
Ces investissements témoignent d’une volonté de préserver un secteur culturel essentiel. Toutefois, ils ne répondent qu’en partie aux difficultés profondes auxquelles fait face le cinéma marocain.
Le Royaume compte aujourd’hui un nombre de salles de cinéma très inférieur à celui des décennies passées. Dans de nombreuses villes, les cinémas ont disparu, privant des millions de Marocains d’un accès régulier au grand écran. Les festivals, aussi prestigieux soient-ils, ne peuvent à eux seuls remplacer un véritable réseau national de diffusion des œuvres.
Au-delà des subventions ponctuelles, de nombreux professionnels plaident pour une stratégie culturelle plus ambitieuse : construction de nouvelles salles dans les villes moyennes, soutien renforcé aux producteurs indépendants, encouragement de l’éducation à l’image dans les écoles, meilleure diffusion des films marocains et développement de circuits de proximité permettant de démocratiser l’accès au cinéma.
La question de la transparence dans l’attribution des aides revient également régulièrement dans le débat public. Plusieurs observateurs estiment que les critères de sélection et l’évaluation de l’impact des subventions pourraient être davantage explicités afin de renforcer la confiance des professionnels et des citoyens.
Le cinéma constitue un levier de rayonnement culturel, de création d’emplois et de valorisation de l’identité nationale. Les près de 40 millions de dirhams mobilisés par le CCM représentent un signal positif. Mais la véritable réussite de cette politique dépendra de sa capacité à revitaliser durablement les salles obscures, à soutenir la création sur l’ensemble du territoire et à permettre au plus grand nombre de Marocains d’accéder à une offre cinématographique riche, diversifiée et de qualité.




