
Chouaib.S
À chaque tension entre le Maroc et l’Espagne, les mêmes réflexes ressurgissent. Les dirigeants de Vox, rejoints bien souvent par les secteurs les plus radicaux du Parti populaire (PP), exploitent la question de Ceuta et Melilla pour attiser le nationalisme, alimenter les peurs et raviver un discours hérité d’une autre époque. Pour ces formations, toute remise en question du statut des deux présides est immédiatement présentée comme une atteinte à la souveraineté espagnole, sans jamais ouvrir un véritable débat sur l’héritage colonial que représentent ces enclaves situées sur le continent africain.
À contre-courant de cette rhétorique, l’Assemblée souveraine de Majorque (ASM) vient de lancer un appel remarqué en faveur de la décolonisation de Ceuta, Melilla, des îles Chafarinas, de l’îlot Persil (Perejil) et des autres îlots proches des côtes marocaines. Pour ce mouvement indépendantiste des Baléares, les tragédies humaines qui se répètent à la frontière de Ceuta trouvent leur origine dans une situation coloniale que l’Espagne refuse d’affronter avec lucidité.
Selon l’ASM, les relations entre Rabat et Madrid resteront fragiles tant que cette question historique ne sera pas traitée avec courage politique. Le mouvement estime que la restitution de ces territoires au Maroc finira par s’imposer, non comme une concession, mais comme l’aboutissement logique d’un processus de décolonisation conforme à l’évolution de l’histoire.
L’organisation démonte également l’argument avancé par les défenseurs du statu quo selon lequel Ceuta et Melilla seraient espagnoles parce que leur occupation est ancienne. L’histoire démontre précisément le contraire : la durée d’une occupation n’a jamais transformé une domination coloniale en droit imprescriptible. Les anciennes colonies espagnoles d’Amérique latine en sont une illustration éclatante.
Face à ce débat, Vox choisit la surenchère. Fidèle à son idéologie nationaliste, le parti transforme chaque différend avec le Maroc en bataille identitaire, préférant les slogans patriotiques aux solutions diplomatiques. Cette stratégie électoraliste entretient une logique de confrontation permanente qui nuit aux intérêts des deux pays et éloigne toute perspective d’apaisement.
En réalité, l’avenir des relations maroco-espagnoles ne pourra être construit ni sur les provocations de l’extrême droite ni sur la nostalgie de l’époque coloniale. Il exige du courage politique, une vision stratégique et une volonté commune de dépasser les contentieux hérités du passé.
Ceuta et Melilla demeurent aujourd’hui un sujet sensible, mais également un révélateur des profondes divisions de la société espagnole. Tandis que Vox et ses alliés continuent d’agiter le drapeau du nationalisme le plus intransigeant, d’autres voix, certes minoritaires mais de plus en plus audibles, appellent à regarder l’histoire en face et à privilégier le dialogue plutôt que l’affrontement.
Au XXIᵉ siècle, la grandeur d’une démocratie ne se mesure pas à sa capacité à préserver les derniers vestiges d’un passé colonial, mais à son aptitude à construire des relations équilibrées avec ses voisins, fondées sur le respect mutuel, la coopération et le droit international.



