Mohammed Bouchaib Najioullah : le bâtisseur discret qui a accompagné l’essor du Maroc moderne

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Mohammed Bouchaib Najioullah : le bâtisseur discret qui a accompagné l’essor du Maroc moderne

Chouaib.S
Le Maroc perd l’une de ses grandes figures de l’administration et du monde économique. Avec la disparition de Mohammed Bouchaib Najioullah, c’est une génération de bâtisseurs de l’État qui s’éteint, celle qui a préféré l’efficacité aux projecteurs, le travail de fond aux effets d’annonce, et le sens du devoir aux honneurs.
Né en 1938 à Khouribga, ville emblématique de l’industrie phosphatière marocaine, Mohammed Bouchaib Najioullah grandit dans un environnement où le développement industriel façonne déjà le destin du pays. Rien ne laisse alors présager que ce jeune garçon deviendra l’un des technocrates les plus respectés de sa génération, mettant son intelligence, sa rigueur et son patriotisme au service du Maroc indépendant.
Très tôt, son parcours scolaire témoigne d’une quête permanente de l’excellence. Après ses études primaires à Khouribga, il poursuit sa formation à Casablanca au prestigieux établissement « L’Indus », aujourd’hui Lycée technique Al Khawarizmi. En 1957, un an seulement après l’indépendance du Royaume, il décroche un baccalauréat en mathématiques et techniques, ouvrant la voie à un brillant parcours universitaire.
Comme de nombreux talents marocains de l’époque, il rejoint la France pour intégrer l’École nationale supérieure d’arts et métiers (ENSAM), où il obtient son diplôme d’ingénieur en 1962. Soucieux d’élargir sa vision au-delà des sciences, il complète sa formation à Sciences Po Paris, dont il sort diplômé en 1963, associant ainsi compétences techniques et compréhension des grands enjeux économiques et institutionnels.
Alors que beaucoup choisissent de faire carrière à l’étranger, Mohammed Bouchaib Najioullah fait le choix du retour. Animé par un profond attachement à son pays, il rentre au Maroc pour participer à la construction des institutions du jeune État. Il débute à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), où il exerce des responsabilités de direction, notamment à la tête de la filiale Maroc Tourist.
Sa carrière prend une dimension décisive en 1968 lorsqu’il rejoint l’Office chérifien des phosphates (OCP). Pendant près de dix ans, il y occupe des postes stratégiques dans l’ingénierie et le management, aux côtés de feu Sidi Mohammed Karim Lamrani, dont il devient l’un des plus proches collaborateurs et hommes de confiance.
En 1977, il est nommé à la tête du groupe Auto Hall. Durant vingt-trois années, il contribue à moderniser le secteur automobile marocain, accompagne sa structuration et participe activement à son développement. Il est également l’un des fondateurs de l’Association des importateurs de véhicules automobiles montés (AIVAM), qu’il présidera à deux reprises, jouant un rôle majeur dans la professionnalisation de cette activité.
Même après son départ des fonctions exécutives en 2000, il poursuit son engagement au service du tissu économique national. Administrateur indépendant, consultant en ressources humaines, expert en recrutement et en formation, il continue à accompagner de nombreuses entreprises, convaincu que la transmission du savoir constitue l’un des plus nobles services rendus à la Nation.
Homme d’engagement, Mohammed Bouchaib Najioullah s’investit également dans la société civile. Très actif au sein du Rotary Club Casablanca Doyen, qu’il préside en 1993, il défend les valeurs de solidarité, de responsabilité et de service désintéressé.
Il demeure également profondément attaché à la communauté des « Gadz’Arts », entretenant des liens étroits avec ses anciens camarades marocains et français et contribuant au rayonnement de leur association au Maroc.
Son parcours exceptionnel est récompensé par deux Wissams Alaouites, distinction qui vient saluer plusieurs décennies consacrées au développement économique et institutionnel du Royaume.
Au-delà du haut dirigeant, de l’ingénieur et du gestionnaire reconnu, Mohammed Bouchaib Najioullah restera dans les mémoires comme un homme d’une grande humilité, d’une intégrité exemplaire et d’une fidélité sans faille à son pays. Son héritage dépasse largement les postes qu’il a occupés : il incarne cette génération de serviteurs de l’État qui ont contribué, dans la discrétion, à bâtir le Maroc moderne.
Enfin, ceux qui l’ont connu retiennent surtout l’homme de famille. Son épouse, ses six enfants et ses petits-enfants représentaient sa plus grande richesse. Il aimait rappeler que, parmi toutes ses réussites professionnelles, la plus précieuse demeurait celle d’avoir construit une famille unie, véritable accomplissement d’une vie placée sous le signe du devoir, du partage et de la transmission.
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