Le temps de l’école n’est plus le temps des élèves : l’urgence de repenser des journées à bout de souffle

12 يوليو 2026
Le temps de l’école n’est plus le temps des élèves : l’urgence de repenser des journées à bout de souffle

Chouaib.S
Le ministère marocain de l’Éducation nationale peut légitimement mettre en avant le succès des « Écoles pionnières », devenues la vitrine de sa réforme. L’actuel ministre, Mohamed Saad Berrada, en tire d’ailleurs un bénéfice politique évident après avoir accéléré leur généralisation. Mais derrière cette réussite largement médiatisée subsiste un chantier tout aussi essentiel, pourtant constamment repoussé : celui de la refonte des rythmes scolaires et de l’allègement d’un emploi du temps devenu excessivement lourd et mal réparti.
Le véritable problème ne réside pas seulement dans le nombre d’heures de cours, mais dans leur organisation. Les élèves enchaînent des matinées interminables, interrompues par une longue coupure, avant de reprendre des cours jusqu’en fin d’après-midi. Cette répartition, héritée d’un modèle ancien, ne correspond plus ni aux réalités urbaines ni aux connaissances actuelles sur les capacités de concentration des enfants. Le retour définitif à l’heure GMT aurait pourtant pu constituer une occasion idéale pour repenser en profondeur l’organisation de la journée scolaire. Cette opportunité semble, une fois encore, avoir été manquée.
Aujourd’hui, des milliers d’élèves quittent leur domicile à l’aube et ne rentrent qu’au crépuscule. Entre les embouteillages, les longs trajets, les heures de permanence inutiles, les devoirs, les cours de soutien et parfois les activités extrascolaires, leur quotidien ressemble davantage à celui d’un salarié qu’à celui d’un enfant ou d’un adolescent. Cette surcharge engendre une fatigue chronique qui réduit l’attention en classe, affaiblit la motivation et finit par compromettre les performances scolaires que l’on prétend pourtant améliorer.
Le paradoxe est frappant : alors que les réformes pédagogiques insistent sur le bien-être de l’élève, l’organisation même du temps scolaire continue de l’épuiser. L’école moderne ne peut plus se contenter d’accumuler des heures de présence. La qualité de l’apprentissage dépend avant tout de la capacité de l’élève à rester attentif, motivé et disponible intellectuellement.
Certains responsables justifient le maintien de cet emploi du temps par le manque d’infrastructures culturelles et sportives. L’argument est réel, mais insuffisant. Oui, les Maisons de jeunes manquent de moyens, les bibliothèques sont trop rares et les espaces de loisirs demeurent insuffisants. Mais faut-il pour autant maintenir des journées scolaires inadaptées ? Certainement pas. Les deux chantiers doivent progresser ensemble : moderniser les rythmes scolaires tout en développant des activités éducatives, culturelles et sportives accessibles à tous.
De nombreux pays européens ont compris depuis longtemps que l’efficacité d’un système éducatif ne se mesure pas au volume horaire, mais à la qualité de l’organisation des apprentissages. Les sciences de l’éducation démontrent qu’un élève reposé apprend davantage qu’un élève épuisé. Répartir intelligemment les cours entre le matin et l’après-midi, limiter les longues coupures improductives et réserver du temps aux activités physiques, artistiques ou à la lecture favorisent de meilleurs résultats scolaires.
L’expérience des « Écoles pionnières » confirme d’ailleurs cette réalité. Les progrès constatés ne proviennent pas d’une augmentation des heures de cours, mais d’une amélioration des méthodes pédagogiques, d’un meilleur accompagnement des élèves et d’un suivi plus personnalisé. Dès lors, pourquoi ne pas appliquer cette logique à l’organisation du temps scolaire lui-même ?
Une autre inquiétude, rarement assumée publiquement, explique également l’immobilisme : celle de voir des enfants livrés à eux-mêmes lorsque leurs parents travaillent. Cette préoccupation est compréhensible, mais elle ne peut servir de prétexte pour conserver un système qui fatigue toute une génération. Au contraire, elle devrait pousser l’État, les collectivités territoriales et les associations à créer un véritable réseau d’activités éducatives, culturelles et sportives capables d’encadrer les jeunes après les cours.
Le Maroc ne gagnera pas la bataille de l’école uniquement en construisant de nouveaux établissements ou en réformant les programmes. Il devra aussi apprendre à respecter le rythme biologique des enfants. Une journée scolaire équilibrée, avec des matinées productives et des après-midi mieux organisés, constitue un investissement dans la réussite, la santé et l’épanouissement des générations futures.
Le succès des « Écoles pionnières » représente une avancée importante. Mais la prochaine grande réforme devra s’attaquer au temps scolaire lui-même. Car une école du XXIᵉ siècle ne se juge pas au nombre d’heures passées sur un banc, mais à sa capacité à former des élèves instruits, équilibrés, créatifs et heureux d’apprendre. Aujourd’hui, le véritable défi n’est plus d’enseigner davantage, mais d’enseigner mieux.
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