Quand l’échec du gouvernement Akhannouch devient un problème international

13 أغسطس 2026
Quand l’échec du gouvernement Akhannouch devient un problème international

Chouaib.S
La polémique autour de l’organisation de la Coupe du monde 2030 prend une nouvelle dimension. Après les initiatives portugaises, c’est désormais le groupe parlementaire espagnol de gauche Sumar qui demande à Madrid de revoir sa coopération avec le Maroc dans l’organisation du Mondial, à la lumière des événements tragiques survenus à la frontière de Sebta.
Dans une proposition déposée au Congrès espagnol, Sumar réclame notamment une évaluation du modèle d’organisation conjoint entre l’Espagne, le Portugal et le Maroc et demande que les engagements des pays hôtes en matière de droits humains soient examinés. Le groupe souhaite également qu’une enquête indépendante fasse toute la lumière sur les morts et les disparitions enregistrées lors des événements frontaliers.
Au-delà de la polémique diplomatique et sportive, cette initiative devrait surtout interpeller Rabat. Car derrière les infrastructures, les stades, les milliards investis et l’image internationale que le Royaume souhaite projeter, il y a une réalité sociale que les discours officiels ne peuvent éternellement dissimuler : une partie de la jeunesse marocaine ne croit plus en son avenir dans son propre pays.
Quand la jeunesse ne croit plus en son avenir.
Le gouvernement dirigé par un oligarque sans scrupule,   avait promis davantage d’opportunités, d’emplois et de justice sociale. Mais pour de nombreux jeunes, le quotidien reste marqué par le chômage, la précarité, les inégalités territoriales, le coût de la vie et la difficulté d’accéder à un enseignement et à des services publics de qualité.
Et lorsque l’horizon semble bouché, certains jeunes regardent vers la mer.
C’est là que réside l’un des échecs les plus graves du pouvoir : avoir trop souvent traité la migration comme un problème sécuritaire à contenir plutôt que comme le symptôme d’une crise sociale et économique à combattre.
On peut multiplier les contrôles aux frontières, renforcer les dispositifs de sécurité et conclure des accords avec l’Europe. Mais aucune barrière ne pourra empêcher durablement une jeunesse privée d’espoir de chercher ailleurs ce qu’elle ne trouve plus chez elle : un emploi, une dignité et la possibilité de construire son avenir.
Le paradoxe d’un Maroc qui veut rayonner à l’international.
Le paradoxe est saisissant.
Le Maroc veut accueillir une partie du plus grand événement sportif de la planète, construire de grands équipements, attirer les investissements, afficher une image de puissance régionale et se présenter comme un partenaire incontournable de l’Europe.
Mais cette ambition internationale risque d’être confrontée à une question beaucoup plus fondamentale : quelle place le pays réserve-t-il à sa propre jeunesse ?
Le Mondial 2030 ne sera pas seulement une compétition de football. Il sera aussi une vitrine. Et une vitrine expose autant les réussites que les contradictions.
Si les partenaires européens commencent à demander des comptes sur les droits humains, les drames migratoires et la gestion des frontières, le gouvernement marocain ne pourra pas simplement répondre par la communication institutionnelle. Il devra démontrer que les engagements internationaux du Royaume correspondent à une véritable politique de protection de la vie humaine.
Une politique qui privilégie les grands projets au détriment du quotidien ?
La critique qui s’adresse au gouvernement Akhannouch est également politique et sociale : à quoi sert une croissance affichée dans les statistiques si une partie de la population continue de ressentir l’exclusion et l’abandon ?
À quoi servent les grands projets, les annonces spectaculaires et les ambitions internationales si le jeune diplômé ne trouve pas d’emploi, si les familles modestes peinent à supporter le coût de la vie et si des jeunes considèrent la traversée de la Méditerranée comme une meilleure perspective que leur propre pays ?
C’est cette contradiction qui nourrit la colère.
Les critiques visant Aziz Akhannouch sont particulièrement virulentes, certains opposants et observateurs l’accusant d’incarner une politique davantage favorable aux intérêts économiques des élites qu’aux préoccupations quotidiennes des catégories populaires. Ces accusations relèvent du débat politique et ne doivent pas être présentées comme des faits judiciairement établis. Mais elles traduisent un malaise réel autour des priorités du gouvernement.
Un chef de gouvernement est certes jugé sur les indicateurs économiques et les investissements réalisés. Mais il devrait également l’être sur sa capacité à redonner confiance à ceux qui n’ont ni patrimoine, ni relations, ni privilèges et qui ne demandent finalement qu’une chose : pouvoir vivre dignement dans leur propre pays.
Le Maroc doit répondre, pas seulement se défendre.
La demande de Sumar ne signifie pas automatiquement que le Maroc sera exclu du Mondial 2030. Il s’agit d’une initiative parlementaire espagnole qui devra suivre son processus politique et institutionnel.
Mais le signal est sérieux.
Après l’initiative du parti écologiste portugais Livre, qui a également demandé que le Maroc soit écarté de l’organisation du tournoi, Rabat aurait tort de considérer ces démarches comme de simples attaques politiques étrangères.
Il faut entendre l’avertissement.
Une Coupe du monde ne peut pas être réduite à des stades flambant neufs et à une cérémonie d’ouverture spectaculaire. Elle doit aussi être compatible avec les principes de dignité humaine, de transparence, de responsabilité et de protection des vies.
Le gouvernement marocain devrait donc commencer par répondre aux interrogations légitimes concernant les drames humains à ses frontières, établir les responsabilités lorsque des violations sont constatées et surtout s’attaquer aux causes profondes qui poussent une partie de sa jeunesse à vouloir partir à tout prix.
Le véritable défi du Maroc n’est peut-être pas le Mondial 2030.
Le pouvoir marocain rêve d’un Mondial qui consacrerait définitivement le Royaume comme puissance régionale et acteur international incontournable.
Mais le véritable défi est ailleurs.
Il ne s’agit pas seulement de savoir si le Maroc sera capable d’accueillir le monde en 2030. Il faut se demander si, d’ici là, il aura réussi à convaincre sa propre jeunesse qu’elle a encore un avenir chez elle.
Car un pays peut construire les plus beaux stades du continent et perdre en même temps une partie de sa jeunesse.
Et lorsque ses jeunes préfèrent risquer leur vie en mer plutôt que de rester chez eux, ce n’est plus seulement une crise migratoire.
C’est un échec politique, économique et social qui devrait interpeller tout gouvernement soucieux de l’avenir de son peuple.

اترك تعليق

لن يتم نشر عنوان بريدك الإلكتروني. الحقول الإلزامية مشار إليها بـ *


شروط التعليق :

عدم الإساءة للكاتب أو للأشخاص أو للمقدسات أو مهاجمة الأديان أو الذات الالهية. والابتعاد عن التحريض الطائفي والعنصري والشتائم.


الاخبار العاجلة

نستخدم ملفات الكوكيز لنسهل عليك استخدام موقعنا الإلكتروني ونكيف المحتوى والإعلانات وفقا لمتطلباتك واحتياجاتك الخاصة، لتوفير ميزات وسائل التواصل الاجتماعية ولتحليل حركة الزيارات لدينا...لمعرفة المزيد

موافق