Akhannouch sous le feu des critiques

منذ 3 ساعات
Akhannouch sous le feu des critiques

Chouaib.S
La crise de Fnideq et l’afflux spectaculaire de candidats à l’immigration irrégulière en direction de Ceuta ont ravivé les critiques contre le gouvernement d’Aziz Akhannouch. Pour ses détracteurs, cet épisode constitue une nouvelle illustration des failles d’un Exécutif accusé d’être davantage préoccupé par les équilibres économiques et les intérêts des élites que par les difficultés quotidiennes d’une jeunesse en perte d’espoir.
Lorsque des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers la frontière de Ceuta, le spectacle était saisissant : une jeunesse marocaine, parfois très jeune, prête à prendre tous les risques pour quitter le pays et tenter de rejoindre l’Europe. Derrière cette mobilisation exceptionnelle se dessine une réalité sociale beaucoup plus profonde : chômage, précarité, sentiment d’abandon, inégalités et perte de confiance dans les perspectives offertes par le pays.
C’est précisément sur ce terrain que la responsabilité politique du gouvernement est aujourd’hui questionnée.
Un silence gouvernemental qui nourrit la polémique.
Selon les critiques formulées à l’encontre de l’Exécutif, la réaction gouvernementale aurait été trop tardive, aussi bien en matière de prévention que de communication publique. Pendant près de quarante-huit heures, alors que les images de l’afflux vers Ceuta circulaient massivement dans les médias et sur les réseaux sociaux, les citoyens marocains auraient attendu une parole claire du gouvernement.
Pas de communication politique à la hauteur de l’événement, pas de véritable explication publique sur les mesures prises, ni de présence visible du chef du gouvernement : cette situation a alimenté le sentiment d’un pouvoir dépassé par les événements.
Plus troublant encore, des informations selon lesquelles les autorités espagnoles auraient été alertées de l’imminence de cette mobilisation ont suscité des interrogations. Si ces informations sont confirmées, une question essentielle demeure : pourquoi les mécanismes de coordination entre deux pays partenaires n’auraient-ils pas permis une anticipation et une gestion plus efficace de la crise ?
Akhannouch à Majorque : une absence devenue symbole.
La présence d’Aziz Akhannouch à Majorque au moment où la crise prenait de l’ampleur a également nourri la controverse. Il ne s’agit évidemment pas de considérer qu’un chef de gouvernement doit renoncer à toute période de repos, mais, face à une situation exceptionnelle touchant directement les frontières nationales et impliquant des milliers de jeunes Marocains, ses opposants estiment qu’une présence politique au plus haut niveau aurait été nécessaire.
Pour ses détracteurs, le chef du gouvernement aurait dû écourter son séjour et regagner immédiatement le Maroc afin de réunir les responsables concernés, coordonner la réponse de l’État et s’adresser directement à la population.
Dans une démocratie, la communication en temps de crise n’est pas un luxe : elle constitue un élément essentiel de la responsabilité politique.
Le véritable problème dépasse Akhannouch.
Mais réduire la crise de Fnideq à la seule personne d’Aziz Akhannouch serait sans doute trop facile. Le problème est plus profond et renvoie à plusieurs années de politiques publiques incapables, selon leurs détracteurs, de répondre aux aspirations d’une partie importante de la jeunesse marocaine.
Car lorsque des milliers de jeunes préfèrent affronter les dangers de la mer, escalader des frontières ou risquer leur vie pour atteindre l’Europe, il ne suffit pas de renforcer les barrières ou de mobiliser davantage les forces de sécurité.
Il faut aussi se demander pourquoi ils veulent partir.
Quel avenir leur offre-t-on ? Quel emploi ? Quelle école ? Quel accès aux soins ? Quel logement ? Quelle mobilité sociale ? Quelle confiance dans les institutions ?
C’est là que se situe le véritable échec que ses adversaires reprochent au gouvernement.
Le gouvernement des oligarques face au verdict de la jeunesse.
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Akhannouch est régulièrement accusé par ses opposants de privilégier une logique économique favorable aux milieux d’affaires et aux grandes fortunes, au détriment des catégories populaires et des jeunes générations.
Cette accusation mérite évidemment d’être confrontée aux faits, aux résultats économiques et aux politiques publiques réellement mises en œuvre. Mais la persistance du sentiment d’injustice sociale constitue, elle, un problème politique que le gouvernement ne peut ignorer.
La crise de Fnideq pourrait ainsi devenir davantage qu’un simple épisode migratoire. Elle risque de devenir le miroir d’un malaise social et politique beaucoup plus vaste.
À quelques semaines des prochaines échéances électorales, le gouvernement devra répondre à une question fondamentale : comment convaincre une jeunesse qui rêve de partir qu’elle peut encore construire son avenir au Maroc ?
Car une frontière peut être renforcée. Une barrière peut être surveillée. Une tentative de passage peut être empêchée.
Mais on ne peut pas durablement empêcher une jeunesse de rêver d’ailleurs lorsque son propre pays ne parvient plus à lui donner suffisamment de raisons d’y croire.
Le dernier mot appartiendra finalement aux électeurs. Les prochaines élections permettront de mesurer si la crise de Fnideq restera un épisode de plus dans l’actualité marocaine ou si elle deviendra, pour une partie de l’opinion, le symbole d’un gouvernement accusé d’avoir perdu le contact avec une jeunesse qui ne demande plus des promesses, mais un avenir.
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