Le lobby des urnes : un mouton contre une conscience, un siège contre l’avenir du peuple

15 مايو 2026
Le lobby des urnes : un mouton contre une conscience, un siège contre l’avenir du peuple

Chouaib.S
À chaque échéance électorale, le même théâtre politique reprend vie au Maroc. Les mêmes visages réapparaissent, les mêmes réseaux d’influence se remettent en marche, les mêmes notables, oligarques et professionnels de la politique préparent leur retour aux communes, au Parlement et parfois aux ministères. Comme il existe des lobbies du pétrole, de la santé, des médicaments, de l’éducation ou de l’immobilier, il existe aussi un puissant « lobby des élections », nourri par l’argent, les intérêts personnels et l’exploitation méthodique de la pauvreté.
Derrière les slogans patriotiques et les promesses de changement, certaines pratiques clientélistes continuent de prospérer dans l’ombre. Dans plusieurs régions, le scénario du « mouton de l’Aïd contre les voix d’une famille » reste une réalité que beaucoup connaissent mais que peu osent dénoncer ouvertement. Un mouton, un panier alimentaire, quelques billets, une promesse d’emploi ou une aide ponctuelle deviennent des outils électoraux destinés à acheter non seulement un vote, mais parfois la conscience entière d’un foyer.
Cette situation révèle surtout l’ampleur de la détresse sociale qui frappe une partie importante de la population. Entre inflation étouffante, chômage persistant, hausse du coût de la vie et recul du pouvoir d’achat, des milliers de familles peinent à couvrir leurs besoins les plus élémentaires. Pour certaines, acheter un mouton pour l’Aïd relève désormais du luxe inaccessible. C’est précisément dans cette fracture sociale que s’engouffrent certains candidats sans scrupules, transformant la misère humaine en capital électoral.
Le véritable danger ne réside pas uniquement dans le cadeau distribué, mais dans ce qu’il représente : la transformation du citoyen en client politique. Lorsque le vote naît de la faim, de la peur ou du besoin, la démocratie perd son âme. La voix électorale cesse d’être un choix libre et réfléchi pour devenir une marchandise négociable. Et dans ce marché silencieux, les plus pauvres paient toujours le prix le plus lourd.
Dans plusieurs quartiers populaires et zones rurales marginalisées, beaucoup préfèrent se taire. Certains craignent de perdre une aide future, un travail occasionnel ou l’accès à un élu influent devenu une sorte de “protecteur local”. Ce système crée une dépendance humiliante où le citoyen ne réclame plus ses droits, mais attend des faveurs. Peu à peu, la citoyenneté s’efface devant la logique de soumission.
Pendant ce temps, les mêmes élites se recyclent d’élection en élection. Les partis changent parfois de couleurs, les discours évoluent, mais les réseaux restent les mêmes. Des fortunes colossales financent les campagnes, des alliances d’intérêts se nouent en coulisses, et les institutions finissent souvent confisquées par une minorité qui protège ses privilèges avant de défendre l’intérêt général. Beaucoup de citoyens ont aujourd’hui le sentiment amer que les élections servent davantage à répartir le pouvoir entre cercles influents qu’à améliorer concrètement la vie du peuple.
Cette dérive éloigne également les jeunes de la politique. Une grande partie d’entre eux ne croit plus aux programmes ni aux promesses. Ils voient des campagnes dominées par l’argent, les cadeaux, les réseaux familiaux et les calculs personnels. Résultat : l’abstention progresse, la confiance s’effondre et la crise de crédibilité des institutions s’aggrave.
Pourtant, la solidarité n’a jamais été un crime. Aider une famille pauvre, soutenir un voisin dans le besoin ou participer à une œuvre sociale fait partie des valeurs profondes de la société marocaine. Mais lorsque cette aide devient conditionnée, directement ou indirectement, par un bulletin de vote, elle cesse d’être un acte noble pour devenir une corruption électorale déguisée, une atteinte à la dignité humaine et à l’éthique démocratique.
Dans plusieurs discours adressés à la Nation lors des périodes électorales, Mohammed VI a rappelé l’importance du vote responsable et du choix de représentants compétents, honnêtes et capables de servir réellement les intérêts des citoyens. Ces appels prennent aujourd’hui une résonance particulière face aux dérives observées sur le terrain. Car un élu qui arrive au pouvoir grâce à l’argent ou à l’exploitation de la misère cherchera souvent, une fois installé, à récupérer ses “investissements” à travers les marchés publics, les privilèges, le clientélisme ou parfois la corruption.
Les premières victimes restent les citoyens eux-mêmes, surtout dans les communes les plus pauvres, là où les besoins en infrastructures, santé, éducation, transport et emploi sont immenses. Quand les urnes sont influencées par la précarité et l’ignorance entretenue, c’est tout le développement local qui se retrouve sacrifié pour plusieurs années.
La lutte contre l’achat des voix ne peut donc pas dépendre uniquement des autorités ou de la justice. Elle exige une véritable prise de conscience collective, une responsabilisation des partis politiques, une presse libre capable d’enquêter sans pression, mais aussi une éducation citoyenne qui apprenne aux jeunes que leur voix vaut infiniment plus qu’un cadeau éphémère.
Un mouton peut nourrir une famille quelques jours. Mais vendre sa conscience peut condamner toute une commune pendant des années.
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