
Chouaib Sahnoun
Alors que les tensions au Golfe ravivent les incertitudes sur les marchés mondiaux, au Maroc, c’est une autre réalité qui s’impose : celle d’un pays pris en étau entre une conjoncture internationale explosive et un système économique verrouillé par des intérêts puissants. Résultat : la vie chère explose, et le citoyen paie, encore et toujours, la facture.
Depuis les premières frappes visant l’Iran, les marchés se sont immédiatement affolés. Mais au-delà de l’effet mécanique des cours internationaux, une question dérange s’impose : pourquoi chaque crise mondiale se transforme-t-elle systématiquement en opportunité pour certains acteurs nationaux d’augmenter leurs marges ?
En plein Ramadan, période déjà marquée par une hausse structurelle de la consommation, les prix des produits de base , légumes, fruits, viandes, poissons, flambent sans retenue. Une situation d’autant plus préoccupante que le dernier tiers du mois sacré est habituellement synonyme d’accalmie. Cette année, rien. Les prix restent sous tension, comme si aucune régulation n’existait.
Mais le pire reste à venir.
Les carburants, nerf de la guerre économique, subissent une nouvelle hausse brutale, estimée à 2 dirhams le litre. Une augmentation qui ne peut être anodine dans un pays où le transport impacte directement chaque produit consommé. L’effet domino est inévitable : hausse du coût logistique, augmentation des prix à la consommation, et au final, un pouvoir d’achat laminé.
Derrière cette spirale inflationniste, un constat s’impose avec de plus en plus d’évidence : l’absence réelle de concurrence et le poids écrasant des lobbies pétroliers. Depuis la libéralisation du secteur, les prix à la pompe semblent évoluer selon une logique opaque, souvent déconnectée des baisses internationales, mais étrangement très réactive aux hausses. Une asymétrie qui interroge, mais surtout qui pénalise.
Le gouvernement, lui, brille par son silence. Ou pire, par son impuissance. Accusé d’être trop proche des milieux d’affaires, il donne le sentiment de subir plutôt que d’agir. Comment expliquer autrement cette incapacité chronique à encadrer les prix, à protéger les consommateurs ou à imposer un minimum de transparence aux opérateurs ?
Ce mutisme devient d’autant plus préoccupant que la colère sociale gronde. Les syndicats sortent de leur réserve et menacent désormais de recourir à la grève face à ce qu’ils considèrent comme une dérive incontrôlée. Ils réclament des réponses claires, des mesures concrètes, et surtout une rupture avec cette gouvernance jugée complaisante envers les puissances économiques.
Car au fond, la question dépasse largement la conjoncture actuelle : elle touche à la nature même du modèle économique marocain. Un modèle où les crises internationales servent trop souvent de prétexte à des hausses injustifiées, où les mécanismes de contrôle semblent neutralisés, et où les citoyens restent les variables d’ajustement.
À mesure que la guerre se prolonge et que les incertitudes s’accumulent, une chose devient certaine : sans volonté politique forte pour réguler, contrôler et sanctionner, la facture continuera de s’alourdir… mais uniquement pour les mêmes.




