
Chouaib Sahnoun
À l’approche des échéances électorales, le Parti Authenticité et Modernité encaisse un nouveau coup dur qui met à nu ses fragilités structurelles et son rapport ambigu à l’éthique politique. L’affaire qui secoue actuellement la formation tombe au pire moment, alors même que le PAM tente d’afficher une façade de rigueur et de transparence en établissant la liste de ses futurs candidats, censés être irréprochables sur les plans moral et judiciaire.
Dans ce contexte tendu, la décision du député de Médiouna, Abderrahim Bendaou, de geler son adhésion au parti dans l’attente de l’issue de ses démêlés judiciaires , liés, précise-t-on, à un litige d’ordre strictement commercial ,apparaît comme un geste rare dans le paysage politique national. Un acte de responsabilité individuelle qui mérite d’être salué, même s’il semble annoncer, à terme, un retrait définitif de la scène partisane.
Mais Bendaou est loin d’être un cas isolé. Plusieurs anciens et actuels députés, ainsi que des présidents de communes lorgnant déjà sur les élections de 2026, se retrouvent dans des situations similaires. Autant de profils encombrants qui ont durablement terni l’image du PAM et l’ont enfermé, au fil des années, dans une réputation peu enviable : celle d’un parti abritant un nombre préoccupant d’élus et de cadres régulièrement cités dans des affaires judiciaires.
Face à cette accumulation de casseroles, la direction du parti semble vouloir jouer la carte du “nettoyage en profondeur”, sans toutefois aller jusqu’à des exclusions formelles. La stratégie est subtile : pousser les concernés vers la sortie en leur fermant l’accès à toute investiture électorale ou à des postes de responsabilité, tout en leur laissant, théoriquement, la possibilité de rester simples militants. Une demi-mesure qui ressemble davantage à un aveu d’impuissance qu’à une véritable rupture avec les pratiques du passé.
Car les noms qui ont défrayé la chronique ces dernières années , Saïd Naciri, Abdennabi Bioui, entre autres , continuent de planer comme des ombres sur le parti. Bien que certains soient aujourd’hui en liberté, les poursuites judiciaires dont ils font l’objet suffisent à imposer leur exclusion de toute candidature future. Une décision politiquement nécessaire, mais lourdement coûteuse.
En effet, beaucoup de ces “bannis” contrôlent de véritables fiefs électoraux. Leur mise à l’écart risque de provoquer des départs en cascade et de faire perdre au PAM des dizaines de circonscriptions. Un pari risqué, presque suicidaire sur le plan électoral, donnant l’impression d’un parti qui se tire une balle dans le pied pour tenter de sauver ce qui lui reste de crédibilité.
Reste une question centrale : cette opération de moralisation est-elle le signe d’un sursaut salutaire ou simplement une manœuvre de communication tardive pour masquer un mal plus profond ? Car on ne bâtit pas une image de probité du jour au lendemain, surtout lorsque les scandales s’accumulent depuis des années. Le PAM est aujourd’hui face à ses contradictions : choisir entre la survie électorale à court terme et une refondation éthique qui, si elle est sincère, pourrait lui coûter très cher avant de porter ses fruits.


