Chouaib Sahnoun
Quand le gouvernement des oligarques célèbre les paillettes et oublie les plaies sociales
Le rêve mondialiste du Maroc pour 2030 pourrait bien tourner au cauchemar social si les signaux d’alerte émis par la population continuent d’être ignorés. Alors que le gouvernement parade en vantant sa prétendue « dynamique de développement » autour de la Coupe du Monde, une étude glaçante du Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient de dresser un tout autre tableau, celui d’un pays en détresse
76 % des familles marocaines affirment que leur niveau de vie s’est détérioré au cours des 12 derniers mois. Et seules 6,8 % déclarent pouvoir répondre à leurs besoins de façon à peu près satisfaisante. Pour l’écrasante majorité, les notions de confort ou de stabilité financière relèvent désormais du passé — ou de l’illusion
Pour l’année à venir, 44,9 % des sondés s’attendent à une aggravation de leur situation, contre seulement 9,7 % qui espèrent une amélioration. Pire : le chômage, perçu comme la menace numéro un, fait l’objet d’un quasi-consensus fataliste, avec 71,8 % des Marocains anticipant une hausse. Une réalité accablante, en particulier chez les jeunes, souvent coincés entre diplômes sans débouchés et familles déjà étranglées par la précarité
Quant à la consommation, elle est en chute libre. Les achats de biens durables ? Plus de 72 % de la population les considèrent comme hors de portée. Et pour cause : seuls 57,6 % des foyers arrivent à boucler leurs fins de mois sans s’endetter. Les autres survivent grâce au crédit, aux aides informelles, ou en puisant dans des économies déjà réduites à néant. En bout de course, à peine 1,8 % des Marocains peuvent encore prétendre épargner
Dans ce climat de crise profonde, le triomphalisme du gouvernement sonne faux, presque cynique. Car pendant que des millions de Marocains peinent à remplir leurs assiettes, les élites politiques et économiques, véritables oligarques , investissent dans des projets d’image, comme le Mondial 2030, avec des budgets vertigineux et une communication calibrée
Or, à quoi bon accueillir la planète si le peuple, lui, se sent exclu dans son propre pays ? Le risque est grand que cette grand-messe sportive ne devienne qu’un écran de fumée servant à masquer l’échec des politiques sociales, éducatives et économiques
Le Maroc ne manque pas de talents, ni d’ambitions. Mais il lui manque une volonté politique sincère, une écoute réelle des citoyens et une répartition équitable des richesses. Faute de quoi, l’incivisme, le désespoir et la défiance ne cesseront de croître, ruinant non seulement l’héritage du Mondial 2030, mais aussi le pacte social sur lequel devrait reposer la Nation