Chouaib Sahnoun
Le long mandat du chef du gouvernement Aziz Akhannouch semble s’enliser entre illusions de réussite économique et réalité sociale de plus en plus insoutenable pour la majorité des Marocains. Alors qu’il s’apprête à faire face à une nouvelle session de questions orales au Parlement, l’ambiance s’annonce orageuse. Et pour cause : les tensions s’accumulent dans un climat national marqué par l’inflation galopante, la flambée des prix des carburants, la hausse du coût du transport urbain à Rabat et Casablanca, sans parler de l’incertitude planante sur les réformes des régimes de retraite.
Malgré une croissance annoncée par le Haut-Commissariat au Plan, qu’on brandit comme une victoire dans un océan de régressions ,le gouvernement Akhannouch reste lourdement pénalisé par le gouffre béant des finances publiques et l’absence criante de justice sociale. L’économie peut afficher des courbes en hausse, mais les assiettes des classes populaires et moyennes, elles, sont de plus en plus vides. Ce contraste alimente une critique de plus en plus virulente : celle d’un gouvernement technocratique, déconnecté du terrain, obsédé par les chiffres mais aveugle aux réalités sociales.
L’opposition, pourtant morcelée et affaiblie, tentera d’exploiter cette séance mensuelle pour faire entendre la voix d’une population à bout de souffle. Si la tentative récente de motion de censure a échoué, révélant le manque de coordination entre les partis opposants, certains comme le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) continuent de se démarquer par leur constance et leurs propositions concrètes, en écho aux préoccupations populaires.
Mais cela ne garantit pas à Akhannouch une sortie triomphante de ce nouvel exercice parlementaire. Bien au contraire : chaque apparition devant les députés devient un test de légitimité, au cours duquel les colères contenues se déversent, entre invectives et révélations calculées. Le chef du gouvernement manie la communication avec habileté, distillant ses annonces au compte-gouttes, comme pour entretenir une illusion de maîtrise, là où l’improvisation devient la règle.
Car au fond, ce gouvernement apparaît de plus en plus comme celui des privilégiés. Les grandes fortunes, les groupes économiques et les lobbys bien installés ne semblent nullement affectés par les hausses de prix ni par les réformes annoncées. Au contraire, ils prospèrent. Pendant ce temps, les couches populaires se débattent dans la précarité, les jeunes désespèrent face au chômage chronique, et les services publics ,santé, éducation, transport ,continuent de se dégrader. Les mesures sociales promises se font attendre, ou restent symboliques, tandis que les grandes réformes structurelles sont reportées, mal conçues ou inefficacement appliquées.
Dans ce contexte, la gouvernance Akhannouch donne l’image d’un pouvoir verrouillé, sourd aux revendications citoyennes, et incapable de proposer un projet de société inclusif. L’inflation n’est plus simplement économique : elle est aussi politique et sociale, nourrie par un sentiment d’injustice et d’abandon qui s’enracine chaque jour un peu plus dans les esprits.
La scène parlementaire, aussi animée soit-elle, ne saurait masquer cette fracture profonde entre un exécutif aux allures d’élite protégée et une population qui, elle, vit les effets destructeurs des choix politiques actuels. Ce n’est pas simplement la performance d’Akhannouch au Parlement qui est en jeu, mais bien la crédibilité de tout un gouvernement, perçu comme incapable de gouverner pour tous, et de plus en plus soupçonné de gouverner pour quelques-uns.