Radars d’Allemagne, routes du Togo ? Au Maroc, les radars prolifèrent mais l’hécatombe continue

19 يوليو 2026
Radars d’Allemagne, routes du Togo ? Au Maroc, les radars prolifèrent mais l’hécatombe continue

Chouaib.S
Le Maroc n’a jamais autant investi dans la surveillance routière. Avec 1 140 radars désormais déployés sur le réseau national, les autorités espèrent freiner les excès de vitesse et améliorer la sécurité. Pourtant, le constat reste accablant : plus de 160 000 accidents de la circulation et 4 577 morts en 2025. Un bilan qui démontre que la multiplication des radars, à elle seule, ne suffit pas à sauver des vies.
Lors de l’ouverture du conseil d’administration de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA), le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a présenté ce renforcement du dispositif comme l’une des principales réalisations de l’année écoulée. Il a également rappelé le lancement d’un programme de renouvellement du parc de transport routier, doté de 143 millions de dirhams.
Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Les routes marocaines continuent de ressembler à des pièges mortels. Nids-de-poule, chaussées dégradées, marquage au sol effacé, éclairage insuffisant, glissières de sécurité absentes ou endommagées, sans oublier des panneaux de signalisation inexistants, mal placés ou totalement illisibles : autant de facteurs qui contribuent quotidiennement aux drames.
L’adage populaire « des radars d’Allemagne sur des routes du Togo » résume avec une ironie amère le sentiment de nombreux automobilistes. Les équipements de contrôle sont de plus en plus sophistiqués, mais les infrastructures, elles, accusent encore un retard préoccupant. Sanctionner les conducteurs est indispensable, encore faut-il leur offrir des routes sûres et conformes aux normes.
Les statistiques sont d’ailleurs sans appel : plus de 70 % des victimes sont des piétons, des motocyclistes et des usagers de deux ou trois roues, les catégories les plus vulnérables. Ce constat révèle que le problème dépasse largement la seule question de la vitesse. Il touche aussi à l’aménagement urbain, aux passages piétons insuffisants, à l’absence de pistes dédiées aux deux-roues, au manque d’éclairage public et à une signalisation souvent défaillante.
Face à cette situation, le gouvernement prépare une nouvelle stratégie nationale de sécurité routière pour la période 2026-2030, avec l’objectif de réduire de moitié le nombre de décès d’ici à 2030. Une ambition louable, mais qui ne pourra être atteinte sans une approche globale.
La sécurité routière ne se résume pas à installer davantage de radars ou à multiplier les contraventions. Elle exige des infrastructures modernes, un entretien régulier des routes, une signalisation claire, une meilleure formation des conducteurs, une éducation au civisme dès le plus jeune âge et une répression équitable des comportements dangereux.
Tant que les investissements privilégieront davantage la sanction que la prévention et l’amélioration du réseau routier, les statistiques risquent de continuer à endeuiller des milliers de familles marocaines. Les radars peuvent contrôler la vitesse, mais ils ne combleront jamais un nid-de-poule, ne remplaceront pas un panneau de signalisation manquant et ne répareront pas une chaussée dégradée. Pour sauver des vies, le Maroc devra investir autant dans la qualité de ses routes que dans les outils de contrôle.
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