

Chouaib Sahnoun
La finale est terminée, le trophée a été remis… mais le match, lui, n’est peut-être pas totalement clos. Dans l’ombre du chaos vécu au coup de sifflet final, un point précis du règlement pourrait encore rebattre les cartes.
La douleur est immense et la blessure profonde. À domicile, porté par un public incandescent, le Maroc a vu son rêve de sacre continental s’effondrer de la manière la plus cruelle qui soit. Un scénario irréel : un penalty manqué dans les toutes dernières secondes du temps additionnel, puis un but sénégalais inscrit en prolongation. En quelques minutes, tout a basculé. Le Sénégal est sacré champion d’Afrique, et l’histoire semble figée. Pourtant, dans les arcanes du droit sportif, une lueur, aussi fragile soit-elle, subsiste encore pour les Lions de l’Atlas.
Le détail réglementaire passé sous silence
Au cœur de la confusion provoquée par le penalty accordé au Maroc, un fait majeur est presque passé inaperçu. En demandant à ses joueurs de quitter la pelouse pour protester, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a potentiellement commis une infraction lourde de conséquences. La loi 12 de l’IFAB est sans ambiguïté : tout joueur qui « quitte délibérément le terrain sans l’autorisation de l’arbitre » doit être averti.
Or, au moins trois joueurs sénégalais impliqués dans ce mouvement de protestation – El Hadji Malick Diouf, Lamine Camara et Ismaïla Sarr – étaient déjà sous la menace d’un carton jaune. Un nouvel avertissement aurait donc dû entraîner un second carton, synonyme d’expulsion immédiate. Dans ce cas de figure, ils n’auraient jamais dû participer à la prolongation.
Dépassé par l’intensité des événements, l’arbitre n’a pris aucune sanction. Une erreur technique manifeste. Dans le tumulte, seule l’intervention lucide de Sadio Mané, resté sur la pelouse pour ramener ses coéquipiers au jeu, a évité un forfait pur et simple du Sénégal. Mais le constat demeure : la prolongation a été disputée, puis remportée, avec des joueurs qui, selon le règlement, n’auraient plus dû être sur le terrain.
La FRMF face à un choix historique
La Fédération Royale Marocaine de Football se retrouve désormais face à un dilemme majeur. Sportivement battue, moralement meurtrie, elle dispose néanmoins d’un levier juridique réel. Un recours auprès de la Confédération Africaine de Football pourrait être déposé afin de faire constater cette erreur d’arbitrage. Sur le plan strictement réglementaire, l’argument est loin d’être fantaisiste et pourrait, dans un scénario extrême, remettre en cause le résultat final.
Engager une telle procédure serait une manière de se battre jusqu’au bout, après une compétition marquée, aux yeux de nombreux observateurs marocains, par une accumulation de décisions arbitrales controversées. Mais ce choix n’est pas sans risques. Il pourrait raviver les tensions, prolonger une polémique déjà explosive et salir davantage l’image d’une finale que beaucoup décrivent comme l’une des plus chaotiques, voire honteuses, de l’histoire de la CAN.
Le Maroc se trouve donc à la croisée des chemins : accepter une défaite aussi cruelle qu’injuste sur le terrain, ou tenter un coup de poker sur tapis vert, au risque d’entretenir encore le désordre. Une chose est sûre : même après le coup de sifflet final, cette finale n’a pas fini de faire parler d’elle.


