Élections 2026 : voter pour qui ? Quand les urnes servent de décor à une démocratie sous perfusion

21 يونيو 2026
Élections 2026 : voter pour qui ? Quand les urnes servent de décor à une démocratie sous perfusion

Chouaib.S
À l’approche des législatives de 2026, une question revient avec insistance dans les cafés, les foyers et sur les réseaux sociaux : voter pour qui ? Les mêmes visages défilent depuis des décennies, les mêmes profils issus des cercles du pouvoir, les mêmes notables fortunés, les mêmes réseaux d’influence, parfois éclaboussés par des scandales de corruption ou des conflits d’intérêts. Pour une partie grandissante des citoyens, l’alternance politique ressemble davantage à un simple changement de fauteuils qu’à un véritable changement de cap.
L’enquête menée par l’association Les Citoyens auprès de près de 3.000 personnes à travers le Royaume met en lumière un paradoxe saisissant. Deux Marocains sur trois considèrent encore le vote comme un devoir civique essentiel. Pourtant, une écrasante majorité ne croit plus que les élections puissent réellement transformer leur quotidien ou renouveler les élites dirigeantes.
Cette défiance n’est pas le fruit de l’ignorance ou du désintérêt. Au contraire. Les personnes interrogées sont majoritairement jeunes, diplômées et informées. Elles suivent l’actualité politique, débattent des enjeux nationaux et connaissent les mécanismes institutionnels. Mais elles ont le sentiment que les véritables centres de décision échappent aux urnes.
Pour beaucoup, les résultats semblent écrits d’avance. Les futurs chefs de gouvernement, ministres, secrétaires d’État ou présidents de commissions paraissent davantage désignés par les équilibres du système que par la volonté populaire. Dans cette perception largement répandue, les partis politiques ne sont plus des instruments de représentation citoyenne mais des courroies de transmission d’intérêts économiques, financiers ou administratifs.
Dès lors, une question dérangeante surgit : à quoi sert de voter si les décisions stratégiques sont prises ailleurs ? Pourquoi choisir entre des formations qui donnent souvent l’impression de défendre les mêmes orientations économiques, les mêmes réseaux d’influence et les mêmes privilèges ?
Le sentiment d’injustice sociale renforce encore cette rupture. « On ne prête qu’aux riches », disent les citoyens. Les opportunités économiques, les marchés publics, les postes de responsabilité et les leviers de pouvoir semblent réservés à une minorité déjà privilégiée. Pendant ce temps, les classes moyennes s’appauvrissent, les jeunes diplômés peinent à trouver leur place et les promesses électorales s’accumulent sans produire les résultats annoncés.
L’étude révèle également qu’un quart des personnes interrogées affirme qu’aucun argument ne pourrait les convaincre de voter. Ce chiffre est sans doute le signal d’alarme le plus inquiétant. Il ne traduit pas seulement une abstention électorale ; il reflète une crise profonde de confiance entre les citoyens et les institutions.
Pour ces électeurs désabusés, les campagnes électorales ressemblent parfois à un immense exercice de communication. Les affiches changent, les slogans évoluent, les promesses se renouvellent, mais les rapports de force demeurent. Les élections apparaissent alors comme un maquillage posé sur des problèmes structurels non résolus, une vitrine destinée à embellir l’image démocratique du pays sans répondre aux attentes réelles de la population.
Pourtant, le danger est immense. Car lorsqu’un citoyen cesse de croire à l’efficacité de son vote, ce n’est pas seulement un parti qu’il rejette : c’est le contrat de confiance entre l’État et la société qui s’effrite. Une démocratie ne se mesure pas uniquement au nombre d’urnes installées ou au taux de participation annoncé. Elle se juge à la capacité réelle des citoyens à influencer les décisions publiques, à sanctionner les responsables et à renouveler les élites.
Le message envoyé par cette enquête est clair : les Marocains ne rejettent pas la démocratie. Ils réclament une démocratie qui fonctionne réellement. Ils veulent des élections transparentes, des partis crédibles, des candidats compétents et intègres, ainsi qu’une véritable reddition des comptes. Faute de quoi, les urnes risquent de devenir un simple rituel administratif, incapable de restaurer une confiance qui s’érode année après année.
Le véritable défi de 2026 n’est donc pas de convaincre les citoyens de voter. Il est de leur prouver que leur vote compte encore.
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