Moutons disparus, élites déconnectées : quand les oligarques jouent avec la misère du peuple

منذ 4 ساعات
Moutons disparus, élites déconnectées : quand les oligarques jouent avec la misère du peuple


Chouaib.S
L’introuvable mouton de l’Aïd continue d’alimenter la colère populaire et d’ébranler la scène politique. Derrière cette crise qui a privé des millions de familles marocaines d’un rituel profondément ancré dans les traditions, une question fondamentale demeure : où sont passés les milliards de dirhams injectés dans le secteur de l’élevage et qui en a réellement profité ?
Alors que les citoyens peinent à joindre les deux bouts, les véritables bénéficiaires du système semblent évoluer dans une autre galaxie. Entre grands importateurs, intermédiaires privilégiés, spéculateurs et réseaux d’influence, une caste d’oligarques prospère à l’abri des difficultés quotidiennes des Marocains. Ces puissants acteurs économiques, confortablement installés dans leurs tours d’ivoire, paraissent davantage préoccupés par leurs marges bénéficiaires que par le sort des familles modestes.
Le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, se retrouve désormais sous le feu nourri des critiques. Quelques semaines avant l’Aïd, ses déclarations promettant des moutons accessibles à partir de 1.000 dirhams avaient suscité l’espoir. La réalité du terrain s’est révélée tout autre : prix prohibitifs, offre insuffisante et sentiment général d’abandon. Face à ce décalage flagrant entre le discours officiel et les faits, plusieurs formations parlementaires réclament aujourd’hui une commission d’enquête et exigent des explications détaillées sur l’utilisation des fonds publics destinés à soutenir les éleveurs et les importateurs.
Mais au-delà des responsabilités ministérielles, c’est tout un modèle qui est remis en cause. Un système où les intérêts de quelques-uns semblent primer sur les besoins du plus grand nombre. Pendant que certains accumulent les profits, une partie de la population reste enfermée dans des préoccupations immédiates, réduite à courir après un mouton devenu inaccessible, alors que les véritables défis du pays demeurent l’éducation, la santé, l’emploi, le pouvoir d’achat et la dignité sociale.
Cette crise révèle également une réalité plus profonde : la facilité avec laquelle certains lobbies détournent le débat public vers l’émotionnel et le symbolique, tandis que les questions essentielles restent reléguées au second plan. Un peuple qui ne réclame que le droit de sacrifier un mouton, sans exiger avec la même vigueur des écoles performantes, des hôpitaux dignes de ce nom ou des opportunités d’emploi pour ses jeunes, risque de devenir le spectateur impuissant de sa propre marginalisation.
Aujourd’hui, les Marocains ne demandent plus seulement où sont passés les moutons. Ils veulent savoir où sont passés les milliards, qui en a bénéficié, et pourquoi les promesses répétées de réforme continuent de se fracasser contre le mur des privilèges, de la spéculation et de l’impunité. La véritable enquête ne concerne pas uniquement le cheptel disparu, mais un système entier qui semble avoir perdu de vue l’intérêt général.

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