Routes de l’ombre, État absent : quand les pleins phares remplacent les politiques publiques

5 يناير 2026
Routes de l’ombre, État absent : quand les pleins phares remplacent les politiques publiques

Chouaib Sahnoun
À quinze kilomètres à peine de l’Espagne, le Maroc offre un contraste saisissant. D’un côté de la Méditerranée, des routes éclairées, balisées, surveillées. De l’autre, une infrastructure routière qui plonge automobilistes et piétons dans une obscurité dangereuse. Un conducteur espagnol, récemment confronté à la conduite nocturne au Maroc, a raconté son étonnement face à une pratique devenue quasi systématique sur les routes du Royaume : l’usage permanent des pleins phares.
Pour un Européen habitué à un strict respect du code de la route, notamment en matière d’éblouissement, conduire de nuit au Maroc peut rapidement virer à l’épreuve de nerfs. Les feux de route restent allumés en permanence, y compris lors des croisements, donnant une impression d’agressivité ou d’anarchie. Mais derrière ce qui peut sembler être une incivilité se cache une réalité bien plus préoccupante : celle de routes abandonnées par les pouvoirs publics.
Car cette pratique n’est pas un choix, encore moins une provocation. Elle est dictée par la nécessité. L’éclairage public est souvent défaillant, quand il n’est pas totalement absent, sur de nombreuses routes nationales, régionales ou secondaires. Les panneaux de signalisation sont rares, illisibles ou inexistants. Le marquage au sol s’efface avec le temps, quand il a jamais existé. Dans ces conditions,”sans pleins phares, on ne voit rien”, résume le conducteur.
Le danger est omniprésent : piétons marchant sur le bas-côté sans la moindre protection, charrettes et triporteurs non éclairés, motocyclettes fantômes, sans oublier les animaux errants ou le bétail traversant la chaussée sans avertissement. Ici, voir loin n’est pas un confort, c’est une question de survie.
En Europe, l’usage abusif des pleins phares est sanctionné. Au Maroc, il est toléré, voire tacitement accepté par les autorités. Non par laxisme, mais parce que l’État lui-même sait que les conditions de visibilité sont indignes d’un pays qui se veut émergent. Cette tolérance est en réalité un aveu d’échec : celui d’un gouvernement incapable d’assumer ses responsabilités élémentaires en matière de sécurité routière.
Plutôt que d’investir durablement dans l’éclairage, la maintenance des routes et une signalisation claire, les décideurs laissent les citoyens se débrouiller seuls, transformant les pleins phares en substitut improvisé aux politiques publiques. Le résultat est là : des routes dangereuses, des accidents évitables et une normalisation du risque.
Les touristes doivent s’adapter à cette “spécificité locale”. Mais les Marocains, eux, n’ont pas le choix. Tant que l’État continuera à fermer les yeux sur des routes délabrées et mal éclairées, l’appel de phares restera moins un geste d’incivilité qu’un cri silencieux face à l’abandon.

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