Chouaib Sahnoun
Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a exprimé son exaspération face à l’impasse entourant le projet de loi sur la profession d’avocat. Lors d’une journée d’étude organisée au Parlement par la Commission de la justice, de la législation et des droits de l’Homme, il a menacé de retirer purement et simplement le texte, marquant ainsi une nouvelle escalade dans le différend opposant son ministère à l’Association des barreaux du Maroc.
Malgré des discussions avancées, des divergences de fond persistent entre le ministère et les avocats, freinant l’adoption du projet de loi. Les négociations sont achevées, mais les désaccords subsistent. Si la situation ne se débloque pas, je retirerai le texte », a averti Ouahbi, insistant sur sa volonté d’aller jusqu’au bout : « Je suis prêt à le retirer. Et je vais le retirer. »
La profession d’avocat a récemment observé une grève paralysant les tribunaux du pays. Bien que le mouvement ait été suspendu pour laisser place aux négociations, celles-ci restent délicates. Maître Omar Bendjelloun, avocat aux barreaux de Rabat et de Marseille, souligne la prudence des avocats face aux engagements du ministère, adoptant une attitude de « wait and see ».
Pour Ouahbi, la réforme du statut des avocats est indissociable de celle du Code pénal et de la procédure pénale. Il a insisté sur le rôle central des avocats dans l’application des droits garantis par la justice, soulignant la nécessité d’un encadrement rigoureux de la profession pour assurer une justice équitable et efficace.
Le ministre a également réaffirmé son opposition à toute forme d’immunité pour les avocats en dehors de l’exercice de leur métier. « Un avocat doit respecter la loi comme tout citoyen », a-t-il martelé, précisant que ni les avocats, ni les journalistes, ni les parlementaires, ni les ministres ne devraient bénéficier d’un traitement de faveur, en dehors des garanties juridictionnelles prévues par la loi.
Concernant les poursuites judiciaires, il a clarifié que les avocats poursuivis pour des infractions de droit commun ne pourraient exiger la présence du bâtonnier, sauf si les faits incriminés sont directement liés à leur activité professionnelle.
Alors que les discussions se poursuivent au Parlement, l’avenir du projet de loi reste incertain. Si aucun compromis n’est trouvé, son retrait pourrait bouleverser le paysage des réformes judiciaires au Maroc. Le dialogue demeure ouvert, mais le sort de cette réforme est plus que jamais en balance.